ROMAN-PHOTOS
(1977 - Barclay EGG 90 088)

L'acte de naissance officiel (et confidentiel) d'un Bashung qui, après dix ans de grenouillages dans les eaux boueuses du showbiz, gagne enfin le droit de mettre en boîte un album sous son propre nom. L'Alsacien ressemble alors à un type tout juste sorti de cabane, qui ne sais pas trop quoi faire de sa peau ni de sa liberté. Entre se racheter une conduite et franchir la ligne blanche, Bashung n'ose choisir. Du coup, ce disque, qui pourrait s'appeler La Prudence, baigne dans une sorte de tiédeur satisfaite et souffre d'une cruelle absence de ligne esthétique - ce que l'éclectisme des arrangements camoufle tant bien que mal. Entre pop-rock au petit pied, folk et country à la mode de chez nous et variétoche à moitié assumée, Roman-Photo est un album désespérément flou et mal cadré - Bashung, lucide, voulait d'ailleurs l'intituler Maquettes. Le plus dépaysant ici est la voix, méconnaissable : encore encombrée de tics et préciosités en vogue dans la chanson de papa, elle tente de donner corps à des textes trop tendres, qui balancent entre crobards naturalistes (Blablas), allitérations gratuites (Kimono et Coca-Cola) et humour potache (C'est la faute à Dylan). Pudiquement écarté du coffret sorti en 1992, Roman-Photo réapparaît ces jours-ci dans l'intégral Les Hauts de Bashung. Hormis le soucis d'exhaustivité, qui semble avoir tenaillé les concepteurs de cette monumentale rétrospective, on ne voit guère ce qui a pu motiver un tel retour en grâce.

Richard Robert