PIZZA
(1981 - PHILIPS 6313 129 - Réédition BARCLAY)

Avec son titre franchement tarte et sa très forte coloration pub-rock (Dave Edmunds, le fondateur de Rockpile, est aux manettes), Pizza n'est pas à proprement parler l'album le plus sexy d'Alain BASHUNG. Mais après les réglages plutôt laborieux de Roman-Photo et de Roulette Russe, il se passe enfin quelque chose de cohérent et de dynamique dans sa discographie. L'électrochoc Gaby a visiblement fait son effet : il n'a pas encore cramé les circuits d'un chanteur qu'on sent pour l'heure rechargé à bloc - en confiance comme en adrénaline. Dès les premières mesures de Ca cache quekchose, BASHUNG impose une vraie présence vocale. Timbre rauque et débit traînant, il roule nonchalamment des mécaniques dans un décor musical qui joue à la fois la carte du naturel et du carton-pâte, entre énergie rock et clinquant new-wave. En pleine bourre, le tandem qu'il forme avec Bergman trouve icic sa vitesse de croisière - Vertige de l'amour va très vite flotter à la proue des hit-parades - tout en atteignant déjà ses premières limites : cadavres pas toujours exquis, les textes sautent volontiers d'un jeu de mots lacanien (parfois) à une blague Carambar (souvent). Avec ses sonorités bien découpées et ses mélodies phare, Pizza permettra au grand public d'entrer dans l'univers de BASHUNG par ses abords les plus acceuillants. L'exploration des zones d'ombre ne commencera vraiment qu'un an plus tard avec Play blessures.

Richard Robert