OSEZ JOSEPHINE
(1991 - Barclay 511 485)

Deux ans après les morsures glacées de Novice, Bashung part se réchauffer sous le soleil de Memphis, berceau d'une mythologie musicale qui a copieusement nourri ses fantasmes d'ado. Aux antipodes de la veine parodique de Passé le Rio Grande, Osez Joséphine aligne notamment une brochette de reprises (Bob Dylan, Buddy Holly, Willie Nelson et Moody Blues) jouées sans accessoires ni clins d'oeil, au premier degré. Au contact des Ricains qui l'accompagnent, Bashung semble avoir reçu une belle leçon de naturel et de maintien. Avec Jean Fauque, son nouveau dealer de verbe, il en applique les enseignements dans des compos maison écrites en artisan (Volutes, Happe, Les grands voyageurs, Kalabougie) et surtout dans la flamboyante chanson-titre, chevauchée fantastique qui le reconduira à la cime des charts. Plus qu'une simple virée récréative, Osez Joséphine est une profonde respiration, un bivouac nécessaire sur la route escarpée menant vers les hautes terres de Chatterton, Fantaisie militaire et L'imprudence : autant de destinations que l'orchestre chaviré de Madame rêve est alors le seul à annoncer. Présenté à l'époque comme l'album de la consécration, ce disque consensuel dépose en fait Bashung au seuil d'une nouvelle ère : sa période classique qui, paradoxalement, sera aussi la plus aventureuse.

Richard Robert