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De 2'53" à 3'35" de la septième chanson, L'Irréel. C'est peu, quanrante-deux secondes d'une chanson. Mais ici, c'est énorme, vital : une enveloppe qui obsède, hante et tient en otage, en hauteur, les humeurs. Un nuage grondant qui se déchire, crevé par une lumière pâle et bienfaisante : quarante-deux secondes d'onirisme irraisonnable, quarante-deux secondes de médecine douce, de baume et de bonté. "J'suis pas cruel, jsute violent" aura auparavant prévenu Bashung : effectivement. L'imprudence se paie, en bleus, en blues, en rires noirs et sourires jaunes. Beaucoup de teintes, demi souvent, pour un disque que les badauds pressés et effrayés n'ont vu que d'une couleur : l'anthracite de sa pochette. Absurdité des jugements expéditifs et des avis pervertis par les à priori : L'imprudence n'est pas ce dédale inquiétant et ténébreux dans lequel il fait mauvais se perdre. Certes, le disque se mérite, ne s'offre qu'aux patients, méprise les passants. Mais ces quarante-deux secondes, cette lumière d'une beauté insoutenable, ne sont pas les uniques percée de clarté dans ce ciel de traïne. Il fait beau, le Dimanche à Tchernobyl, la vue est dégagée et sereine par la meurtrière. Ce qui fascine, dans L'imprudence, est justement cette vue : un judas qui donne sur un univers vaste "J'étais censé t'encenser..." Que dire d'autre à ce disque fondamental de 2002, le premier grand classique français du XXIème siècle ? Jean-Daniel Beauvallet |