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Pendant presque neuf ans, l'hiératique sang-mêlé Alain Bashung n'a pas tourné (rond). Pépins de santé, d'appétence, difficulté à trouver les «complices idéaux pour raconter quelque chose d'original». Repos. Au plus fort de sa deuxième vague de popularité (après les rengaines Gaby et Vertige de l'amour), période 90's Fantaisie militaire, l'homme restait donc tapi dans l'ombre de sa munificente discographie. Bashung est sorti de sa réserve à l'automne 2003, dans le prolongement de son album le moins transposable, l'ardu Imprudence, millésimé 2002. La tournée des Grands Espaces a bien porté son nom. Des mois d'expédition modulée en fonction des lieux investis, florilège musical enturbanné par sept acolytes (Yan Péchin, Arnaud Dieterlen...), gorgé d'images de la vidéaste Dominique Gonzalez-Foerster. Suite à quoi, l'Alain fort allant a continué sur sa lancée, dans une version «dégraissée» qui ne faisait qu'entériner le retour au premier plan. Désormais, c'est la Cité de la musique (lire par ailleurs) qui déroule le tapis rouge. Bonne raison pour évoquer ce rapport sain à la scène qui lie l'imprécateur rock à son assemblée et inversement. Comment formuler votre rapport au concert? J'ai l'impression que sans la scène, je ne serais pas un vrai chanteur, plutôt un concept virtuel. Ce qui ne m'a pas empêché de passer par des phases pas toujours très nettes... J'ai certainement d'abord envisagé la musique comme une forme d'échappatoire. Etant d'un naturel réservé, cela me permettait, avec quelques accords, de fredonner, afin d'éviter d'avoir à dire des mots maladroits. Et puis des tas de copains, des filles ont commencé à venir et je me suis rendu à l'évidence que ça n'était pas mal comme moyen de communication... A une époque, j'ai pu passer pour un type bizarre, incompréhensible, j'aimais bien l'idée de fabriquer un message en secret, dans mon coin, en évitant l'aspect iconographique. Le rêve était plus beau. Après, ça a évolué : on a compris qu'il était possible de jouer en ne disant rien, sans que cela soit de l'arrogance, ni même de l'introversion. Juste une question d'équilibre de l'ensemble, correspondant à l'idée d'harmonie du monde que je pouvais avoir en tête. Premiers souvenirs de spectateur. Jeune, je n'avais pas assez d'argent pour aller au spectacle, et puis je vivais dans un village, sans music-hall. C'est venu plus tard : Hugues Aufray à l'Olympia, vers mes 16-17 ans. Avec Marianne Faithfull en première partie, pieds nus, accompagnée d'un guitariste. Il y a aussi eu Gene Vincent à la Mutualité. Assez bizarre comme soirée, autour d'une dizaine de mecs qui voulaient tout casser, comme c'était alors la coutume. Je me souviens de deux colonnes en plâtre, sur scène, avec un flic devant chacune. A un moment, un type a commencé à lancer des canettes vides. Il y a aussi eu un grand cri : quelqu'un venait de recevoir un coup de couteau. Tout le monde est sorti et, dix minutes plus tard, le concert redémarrait. Gene Vincent était peut-être accompagné par les Sunlights, c'était déjà la fin du rock aux Etats-Unis et il tournait de plus en plus en Europe. Premiers souvenirs de «performer». En 1962, ou 63. Je devais avoir 13 ou 14 ans, dans le cadre d'une fête Renault à Mennesy, où le batteur travaillait à l'usine. On faisait des reprises des Spotniks sur un petit ampli. C'était un après-midi, sous le cagnard, avec le Ricard qui tournait. Il y avait aussi Anne Sylvestre, et puis Bobby Lapointe avec un pianiste : il se dandinait d'un pied sur l'autre. Personne ne suivait vraiment. Quels ont été les critères d'embauche pour ce «Domaine privé» 2005 ? L'occasion de retrouver des musiciens avec qui j'ai travaillé, comme Colin Newman pour Novice, Link Wray pour Chatterton, ou Arto Lindsay sur l'Imprudence. Et puis, il y a des artistes que je comprends, plus dans la retenue, avec qui je ressens un lien, même invisible. Ce n'est pas seulement une affaire de style. Qu'ils hurlent ou chuchotent, les deux me conviennent. Quelle que soit leur notoriété, à mon sens, ils ont aidé à l'élaboration d'un style. De grands absents ? Johnny Cash... J'avais également demandé à Scott Walker, un des premiers Anglo-Saxons à avoir chanté Brel. J'en étais très fier. Mais apparemment ça ne l'intéresse plus, de faire de la scène. Je garde aussi à la maison un très beau fax de Lee Hazlewood, absent suite à une hospitalisation... Ce sont tous des musiciens qui ont compté pour moi, presque des seconds couteaux, mais géniaux. La jeune scène française est représentée par Dominique A, Armand Méliès, Vincent Artaud... Je perçois chez eux une forme d'intimité qui ne confine pas à la mièvrerie, plutôt une force. Ils se réservent le droit d'être réservés. Il ne faut pas décourager ce type d'attitude, mais au contraire, en prendre soin. Montrer que c'est possible, aujourd'hui, d'oublier les influences et de proposer des jolies choses délicates dont on n'arrive plus à définir la provenance. Alors que moi, je viens d'une époque où on n'envisageait pas les choses autrement qu'à travers de plus ou moins vagues copies de modèles étrangers. Eux existent tels qu'ils sont. Avez-vous beaucoup travaillé en amont de ce projet ? Le principe m'a été soumis par la Cité de la musique un an avant la tournée des Grands Espaces. J'avais réservé ma réponse, devant d'abord fabriquer la tournée, tout en sachant que le mouvement me réussit mieux que l'inertie... Pour en venir aux concerts proprement dits, il y a quelques heures de répétition. Chacun doit se sentir à l'aise, pouvoir échanger des idées, les développer, même au dernier moment. La notion d'amusement est importante, mais pour faire des choses inattendues, cela nécessite de se connaître un peu mieux préalablement. Même si, au final, tout se règle avec une guitare et un micro. Souvenir d'un an et demi de tournée. Les Grands Espaces étaient une sorte de grand spectacle qui se racontait à travers des images, des situations. On l'a proposé assez longtemps pour penser en avoir fait le tour et éprouver le besoin d'alterner. Après, je suis revenu à quelque chose de plus dépouillé, avec le sentiment que le public venait peut-être plus voir le bonhomme. Les deux sensations sont agréables. J'ai besoin de me sentir à nu pour savoir ce qu'il me reste comme lambeaux des expériences passées que j'aimerai ou non perpétuer. Les chansons interprétées à la Villette appartiendront-elles exclusivement à votre répertoire ? Quasiment. Si elles ne sont pas de moi, cela nécessite une raison particulière, une idée de traitement personnel sans qu'il y ait trahison. Ce qui n'est pas simple, dans la mesure où l'on se sent naturellement attiré dans les mêmes zones, alors que cela fonctionne parfois mieux sur un principe d'opposition. Au moins, ça vaut le coup à tenter. (Gilles
Renault - Libération - 23/06/2005) La Cité de la musique lui donne carte blanche pendant une semaine, à partir de ce soir, pour chanter ce qu'il aime et inviter qui il veut. Alain Bashung, ravi et en pleine forme, se penche sur son parcours jalonné de tubes autant que d'audaces. L'évènement s'appelle « Domaine privé ». Comme si l'artiste ouvrait son jardin secret musical. A partir de ce soir, Alain Bashung joue les maîtres de cérémonie à la Cité de la musique. Pendant une semaine, il jouera avec des musiciens venus d'horizons différents, tels ce soir Dominique A. et Christophe. Une programmation exigeante mais passionnante qui en dit beaucoup sur le parcours audacieux du musicien. Entretien avec un Bashung en grande forme, plus curieux que jamais. - Que représente cette « carte blanche » pour vous ? - Alain Bashung. Je réalise un rêve d'enfant : montrer certaines musiques, imaginer des rencontres sans notion d'efficacité totale. C'est l'opposé du marketing, on n'est plus habitués à cela. Ce qui est assez inattendu, aussi, c'est que la Cité de la musique, qui a reçu des virtuoses classiques, m'accueille moi, autodidacte, faisant partie du domaine de la pop. « Des mélanges que l'on n'entendait pas beaucoup » - Comment avez-vous conçu la programmation ? - Comme un exercice de passerelle entre différents univers. J'essaie d'y raconter une partie de ma construction artistique. - Vos racines sont plutôt rock ? - Oui, cela a été le premier choc. Au départ, je vivais en Alsace, je parlais alsacien. Je n'étais pas attaché à la langue française. C'est ensuite que j'ai découvert Trenet, Aznavour. Puis j'ai vu que des Anglo-Saxons s'intéressaient aux Français : Bob Dylan chantait Gilbert Bécaud (NDLR. « Je t'ai dans la peau », devenu « Let It Be Me »), Scott Walker reprenait Jacques Brel, alors que c'étaient des chansons qui me faisaient peur. Pour moi, Brel, c'étaient des morceaux d'adultes, il fallait avoir vécu et souffert pour les comprendre. Je suis également arrivé à une époque où chaque semaine sortait un disque jamais entendu auparavant, ceux de Frank Zappa, de Captain Beefheart. J'enviais leur liberté. - Vous avez recherché cette liberté... - Oui, notamment à partir de « Play Blessures » (NDLR : en 1982) . On s'est lancés dans des mélanges que l'on n'entendait pas beaucoup. A cette époque, on était dans des trucs à la Phil Collins qui ne m'intéressaient pas trop. Cela ne me parlait pas. Je trouvais davantage de réponses dans des musiques un peu brumeuses, européennes, qui sont venues ensuite en France grâce à des groupes comme Marquis de Sade, Marc Seberg ou Kas Product. Ils étaient un peu isolés mais seraient sans doute compris par le plus grand nombre aujourd'hui. - Pour le grand public, vous restez toujours le chanteur des tubes « Gaby oh Gaby » et « Vertige de l'amour » - Cela ne me paraît pas incompatible. J'essaie de montrer que l'on est nuancé, qu'il ne faut pas mettre les gens dans des cases, qu'un même bonhomme peut un jour faire un tube populaire puis quelque chose de plus biscornu. - Comme « l'Imprudence », votre dernier album ? - Quand on voit sans cesse des gens installer des caméras partout, on rêve d'être imprudent. Bannir l'imprudence, c'est la fin de l'humanité. C'est vrai que je peux être le mec le plus timide du monde et après me dire : Ça suffit, il faut balancer un pavé dans la mare. - Vous pensez à un nouveau disque rapidement ? - Le temps
entre deux disques peut paraître long, mais je suis un peu laborieux.
Je peux passer trois mois sur un couplet. Je commence à délirer
avec ma guitare , à chanter. Ensuite, j'essaie de comprendre
pourquoi je fais cela. Je me redécouvre. A chaque nouvel album,
je me demande mes papiers, je me pose beaucoup de questions. Alors cela
peut être très long. J'ai arrêté « l'Imprudence
» parce qu'un micro était tombé en panne. Je venais
juste d'enregistrer une chanson, il a grésillé puis s'est
coupé. Je me suis dit : (Emmanuel
Marolle - Le Parisien - 23/06/2005) ALAIN BASHUNG ET SON "DOMAINE PRIVE" A LA CITE DE LA MUSIQUE
Depuis le déjà classique Madame rêve et son grand disque Fantaisie militaire, Bashung est considéré comme l’un des meilleurs artistes de la chanson française, le seul que Jean-Louis Murat admire (c’est dire !). Il peut donc se permettre un vrai plaisir : inviter les musiciens qu’il aime. La Cité de la musique lui a donné carte blanche pour dévoiler son «Domaine privé ». En inauguration de la semaine, le 23,Bashung reçoit Christophe dont il a naguère livré une formidable et bluesy version des Mots bleus. Ce jour-là, apparaîtront Dominique A, chef de file de la scène française, puis Link Wray, guitariste culte des années 50 (interprète de Rawhide). Nous voyagerons à travers toutes les époques, tous les styles, depuis le jazzman Artaud jusqu’à la chanteuse minimaliste Françoiz Breut, ancienne compagne de Dominique A. Mais c’est la journée de samedi (le 25) qui s’annonce la plus exceptionnelle, consacrée au rock américain, avec le chanteur Mark Eitzel, encore confidentiel mais apprécié des cercles d’amateurs, et la voix folk pop de Cat Power. Originaire d’Atlanta, très dépouillée dans sa manière traînante de chanter, de jouer, elle s’est révélée grâce au formidable What would the Community Think (1996). Pour finir nous attendent les fameux Pretty Things, anciens rivaux des Rolling Stones pendant les années 60, restés à l’étage d’un rock abrasif et violent, Rodolphe Burger ou le grand guitariste brésilien Arto Lindsay (qui joue d’ailleurs sur le dernier disque de Bashung, L’Imprudence). Ils joueront mardi 28 et jeudi 30. Un beau voyage dans l’âme de notre grand chanteur national. FAUT-IL Y ALLER ? Le « Domaine privé » de Bashung est riche et spectaculaire. Nous avons rarement vu un tel paquet d’histoire musicale présente, passée, d’ici et d’ailleurs. Certaines soirées affichent déjà complet (les 23 et 30), mais il reste encore des places à prendre. (Stéphane
Koechlin - Figaroscope - 22/06/2005) PASCALE CLARK SEDUITE PAR BASHUNG "EN APARTE"
- Vous vous êtes fait plaisir en invitant Alain Bashung... - Pascale Clark. Oui, évidemment, mais il n'est pas exclu que mon plaisir rejoigne celui des télé-spectateurs. Je suis très fière d'avoir fait cette 300e avec Alain Bashung qui, jusque-là, avait décliné toutes nos invitations. On n'a pas vraiment choisi la facilité en invitant, par les temps qui courent, un artiste qui chante « Faites monter l'aventure au-dessus de la ceinture ». - Vous a-t-il touchée ? - A sa façon. Il n'est pas dans le spectaculaire. Il a son rythme, et se distingue par une grande réflexion. C'est un univers dans lequel il peut être difficile d'entrer. Personnellement, je suis sortie de cet enregistrement remplie d'allégresse. Ce n'est pas tous les matins que cela m'arrive. - Après 300 invités, ne ressent-on pas une certaine lassitude ? - Forcément, tout ce qui est régulier se banalise un peu. Certains tournages sont décevants, mais l'émission continue à m'apporter des moments qui effacent la routine. Elle est assez étonnante. On est souvent surpris, alors qu'ailleurs même les dérapages sont contrôlés. - Zidane n'a toujours pas répondu à votre invitation... - On n'arrête pas de l'inviter, mais il continue à dire non. Dans « En aparté », on ne déballe pas tout sur la table, mais il faut parler de soi. Or, ce n'est pas la tasse de thé de Zidane. Je le comprends. On avait aussi invité Madonna. Elle a préféré Daniela Lumbroso, et elle a dû le regretter ! - Comment vous sentez-vous à RTL, que vous avez rejoint en septembre après avoir quitté France Inter ? - De mieux en mieux. Les débuts ont été un peu difficiles car je reprenais une émission (NDLR : « On refait le monde » présenté précédemment par Christophe Hondelatte), après « Tam Tam », sur France Inter, qui me ressemblait beaucoup. Mais je jouis d'une liberté éditoriale totale sur RTL. Au final, j'ai perdu, j'ai gagné... disons que le jeu est différent. - On ne vous imagine pas vraiment écouter RTL du matin au soir... - Pourquoi m'obligerais-je à écouter RTL tout le temps ? Je ne suis pas très corporate et je n'écoute aucune matinale de A à Z. Je me balade entre France Inter, RTL et France Info. Je zappe de plus en plus et, pour tout dire, je n'ai pas d'émission culte. (Stéphane
Lepoittevin - Le Parisien - 07/05/2005) DANS LA VALLEE, LA RELIGION DU SPECTACLE
Alain Bashung a chanté au temple de Sainte-Marie-aux-Mines, dans le cadre de « C'est dans la vallée ». Une célébration empreinte de mystique. C'est au vert que tout a commencé. Là-haut, dans le col des Bagenelles, les Dahus se préparent à jouer devant un public un peu épars mais ravi de l'aubade ska. Car l'essentiel du festival « C'est dans la vallée » se passe plus bas. D'abord au théâtre de Sainte-Marie, où l'on se laisse charmer par les grands oiseaux à réactions qui dansent dans le Hong Kong de Gérard Holthuis. Puis, si les rétines restent impressionnées par le Berlin de Ruttman, film génial de 1927, on se demande bien quel est le rapport avec la musique que Christian Fennesz propage depuis son laptop. Une enthousiaste explique : « Ça n'a rien à voir. C'est le contraste qui crée la poésie. » En officiant rock'n roll Et l'on songe à
la mise en garde d'une charmante jeune fille en début de projection
: « Après la projection-concert, précipitez-vous
au temple car les portes seront fermées à 22 h précises
! » On aurait bien profité un peu, en cours de route, du
barathon, festival off et gratuit visiblement plus goûté
par le public local. Étrange festival où l'on ne peut
baguenauder, où l'on est convié plutôt à
quelque chose comme un culte artistique... (Jean-Frédéric
Tuefferd - Dernières Nouvelles d'Alsace - 29/05/2005) UNE AFFICHE 2005 QUI SE DEVOILE - MARDI 14 DECEMBRE 2004
Ste Marie-aux-Mines
accueillera du 26 au 29 mai 2005 la 5e édition de son festival
« C'est dans la Vallée ». Après la controverse
qui a entouré le bilan de la dernière édition et
les interrogations sur l'avenir (DNA 1er et 9 octobre), une nouvelle
édition aura bien lieu avec Alain Bashung, Laurent Garnier, notamment
à l'affiche. Bashung, Garnier, Claire Denis... « Nous explorerons
le cinéma expérimental sous forme de courts-métrages,
notamment », déclare Valérie Perrin, responsable
du volet cinéma du festival. « Claire Denis, réalisatrice
du film « l'Intrus », sélectionné au festival
du film de Venise et qui sortira au printemps sera notre invitée,
ainsi que Stuart Staples qui a fait la musique du film. » (NW
- Dernières Nouvelles d'Alsace - 14/12/2004) EGLISE
(TOURZEL-RONZIERES (63)) - VENDREDI 5 NOVEMBRE 2004 En homme de parole sachant se montrer reconnaissant, Alain Bashung était de retour dans le village de Tourzel-Ronzières (Puy-de-Dôme) pour inaugurer le Moulin des Volontaires, le lieu de résidence où La Tournée des grands espaces a pris forme en août 2003. Touché par l’accueil chaleureux des habitants de ce superbe bourg, Alain Bashung en a également profité pour leur offrir un concert gratuit dans l’église du village. Recueillement et ferveur dans l’église Nous nous retrouvons donc dans cet édifice insolite pour assister à un concert vraiment très particulier. Pour permettre aux personnes âgées de profiter pleinement du spectacle, quelques rangées de chaises on tété disposées devant la crypte/scène éclairée par des bougies ; derrière, la foule se presse, debout et impatiente d’assister à un moment d’exception… Quand Alain Bashung fait son entrée en compagnie de sa femme Chloé Mons puis de ses musiciens (sans batteur), on pressent que cela va être une expérience incroyable. Au premier rang des personnes debout, Bashung en face à quelques mètres, l’impression délicieuse d’assister à un concert ultra privé se fait jour : Le cantique des cantiques est interprété dans sa version longue (27 minutes) par Chloé et Alain, pour nous seuls. Malgré la longueur du morceau et la fatigue dûe à l’attente immobile, ces instants se révèlent magiques. Dans un état de demi sommeil, la solennité de l’endroit et le texte de La Bible (finalement assez chaud ; ça tombe bien, Madame Bashung est habillée en tenue très légère) contribuent à donner un côté onirique à cette lecture… Un tonnerre d’applaudissements accueille la fin du morceau. Des instants à part Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises, le groupe au grand complet enchaînant avec un set superbe. Comme la veille sur la grande scène de la Coopé, Bashung joue Angora tout seul. Dans ce cadre ultra intime, c’est encore plus touchant. On reconnaît aussi La nuit je mens, que l’on fredonne dévasté par l’émotion. Et cela ne semble pas devoir connaître de fin : les morceaux A perte de vue, Aucun express, Madame rêve puis Elvire en final audacieux, sont également interprétés par Bashung et son impeccable troupe (où toutefois le guitariste Yan Péchin gagnerait à être plus sobre dans sa gestuelle - souvent trop démonstrative). Le public regagne la sortie enchanté et convaincu d’avoir participé à un spectacle à part. On regrette seulement que le titre qui a donné son nom au moulin - Volontaire, signé Serge Gainsbourg -, n’ait pas été joué et… que le rêve ne se soit pas prolongé toute la nuit. L’histoire du Moulin des Volontaires ne fait que commencer Bashung ressort grandi de ce cadeau offert à Tourzel-Ronzières, il a prouvé qu’il savait renvoyer l’ascenseur en toute simplicité, lui qui paraît souvent inaccessible, renfermé et surprotégé par son entourage. Cette histoire est loin d’être finie, puisque Le Moulin des Volontaires va désormais voir se succéder en ses murs des artistes désireux de trouver un peu de quiétude pour répéter une tournée ou préparer un disque. Depuis cette semaine, c’est Dionysos qui est au travail à Tourzel-Ronzières pour donner un successeur à Western sous la neige… ça promet ! (Pierre
Andrieu - Foutraque.com - 11/11/2004)
Bashung sur scène ne se donne pas au premier venu : samedi à Sarreguemines, le noir rocker français aura longuement joué de la face obscure de son talent pour livrer une prestation laissant son public pantois et partagé. Le style est intact, mais les retrouvailles avec la star auront laissé, pour certains, un petit goût d'inachevé. On le savait, pourtant. Même s'il aime à cabotiner, même s'il joue infailliblement de son statut culte pour les 30-50 ans, Alain Bashung n'est pas de ces artistes qui veulent absolument en mettre plein la vue. Non, au fil de ses albums, il a déjà montré à maintes reprises sa volonté d'existence à contre-courant, prenant souvent ses fans à rebrousse-poil, changeant de style comme de t-shirt noir, préférant l'exigence artistique à une facilité musicale qui lui aurait ouvert bien davantage les colonnes des charts français. Bashung en concert, c'est un moment de rencontre à sens unique. C'est l'Alsacien d'adoption qui définit les règles du jeu, quitte à ne pas plaire. Il s'en fout, et on l'aime pour ça. A Sarreguemines, Bashung est venu sur le mode sombre, donc. Fin de tournée, lunettes noires et cuir rocker, il aligne, d'abord, ses titres les plus intimistes. « La nuit, je mens », « Pyromane », « Le dimanche à Tchernobyl »... Délibérément disharmonieux, angoissé, douloureux ou torturé, le rocker pose sa voix grave, éraillée sur une quinzaine de morceaux qui satisfont un public connaisseur. De bien noirs désirs, en faits, au fil desquels Bashung livre un univers où lui se complaît, se morfond, presque. Avec cette étonnante manière d'envisager la scène comme une barrière qu'on imagine infranchissable. Distant, l'artiste ne se donne qu'aux plus exigeants. Sans voile, ni pudeur Mais le show est
rodé, impeccable au niveau des arrangements servis par un quatuor
d'accompagnateurs de haute volée. Et puis Bashung sait faire,
aussi, quelques concessions à son passé. Il reprend, parfois
non sans originalité, les standards qui ont fait de lui ce qu'il
est. « Osez Joséphine », « Vertige de l'amour
» se font oasis de lumière au coeur d'une obscurité
emblématique de la démarche de l'artiste pour cette soirée.
Mais les fans ne lui en tiennent surtout pas rigueur. D'autant que Bashung
revient pour un rappel - unique mais fort de cinq titres - où
il offre - le mot est presque incongru - enfin une vraie communion avec
sa salle. Et d'ailleurs symbolisée par le partage de sa passion
avec Chloé Mons en un morceau chanté conjointement avec
elle puis conclu sur un baiser sans voile, ni pudeur. Presque provoc,
mais c'est bien dans l'esprit du personnage. (Nicolas
Blanchard - Dernières Nouvelles d'Alsace - 18/10/2004)
Bashung prend de l’âge avec une classe folle. Toujours plus audacieux, plus subtil, plus exigeant, ce grand perfectionniste s’est hissé ces dernières années à de vertigineuses hauteurs où bien peu de vivants – Christophe – et quelques disparus – Gainsbourg, Ferré – peuvent encore le tutoyer. Sa Tournée des Grands Espaces, qui se poursuit cet été et passe le 14 juin à l’Olympia (avec Miossec en première partie), donne lieu à la sortie d’un cd et d’un dvd live. L'occasion de revenir sur le parcours singulier de cet équilibriste du style qui est aussi l'un de nos plus passionnants ciseleurs de mots. La Tournée des Grands Espaces Soixante-dix chansons, puisées dans l'ensemble de son répertoire ont ainsi été répétées, pour n'en garder qu'une trentaine. "Nous avons répété celles de l'Imprudence (le dernier album studio NDLR) afin qu'elles déteignent sur les plus anciennes", affirmait Bashung à la veille du coup d'envoi de la tournée. Sur un canevas assez expérimental, où la tension et le spleen affleurent en permanence, les tempos lents voire planants, alternent avec des déchaînements rock. Les inusables Vertige de l'Amour, Gaby, Osez Joséphine et What's in a Bird côtoient ainsi Madame rêve, Tel, Mes bras, Je me dore, La nuit je mens ou Faisons envie (extrait du Cantique des cantiques) en duo avec son épouse Chloé Mons.
Un casting de musiciens de choc Pour son grand retour sur les planches, le chanteur s'est entouré d'une poignée de fines gâchettes dont il dit, avec son habituel détachement: "J'aime les musiciens qui détruisent avec style. Tous (les musiciens de la tournée NDLR) ont de la technique, une large culture musicale et assez de feeling pour éviter toute froideur." (Le Monde). Sur les sept musiciens de la tournée, on remarque en particulier aux claviers Adriano Cominotto, longtemps accompagnateur de son compatriote Arno, ainsi que le Britannique Brad Scott à la contrebasse, complice d'Arthur H durant quinze ans. Yan Péchin à la guitare, piqué à Miossec (ravi) et Arnaud Dieterlen à la batterie, emprunté à l'ami Rodolphe Burger, complètent ce dispositif de choc qui comprend également Geoffrey Burton (guitare, complice d'Arno) et les cordes de Yann Tiersen (Jean-François Assy et Nicolas Stevens). Entre les mains de cette brochette de musiciens stylés, qui se disent tous honorés de faire partie de l'aventure, le répertoire de Bashung prend de nouvelles couleurs. Certes, des teintes crépusculaires le plus souvent, qui se soucient moins d'arrondir les angles que d'offrir un souffle différent aux chansons. Soudé en rang serré derrière le chanteur, le groupe réussit notamment la gageure de rénover les inusables "Vertiges de l'amour" ou "Ma petite entreprise", et d'aplanir les montagnes russes qui pourraient résulter de la juxtaposition de ces incunables avec les titres récents, beaucoup plus ésotériques, tels que 2043. Au final, l'écrin tissé autour de la voix est ici un véritable travail d'orfèvre, une mise en relief qui sait aussi se faire oublier et laisser respirer le verbe, nu. Huit ans d'attente n'auront pas été vains. Un cheminement créatif singulier
La façon de travailler de Bashung n'appartient qu'à lui, semble-t-il. C'est manifestement un lent processus de maturation, un assemblage à l'instinct, qui avance à tâtons, à coups de fulgurances et d'instants de grâce. Tout se passe comme si, habité par un fantasme fort mais aux contours un peu flous, Bashung, guidé par sa seule intuition, façonnait jour après jour, mois après mois, une matière vivante, mobile, très volatile, faite de climats et de sentiments. Pour ce faire, il s'appuie toujours sur une équipe à géométrie variable composée d'une bonne poignée de musiciens et d'un parolier. Forcément, le milieu musical, qui lui voue généralement un grand respect, bruisse néanmoins de dizaines d'histoires de musiciens qui ont contribué à ses disques mais se sont sentis floués, vampirisés, puis jetés sans crédit aucun pour leurs apports à l'oeuvre.
"Parfois je n'ai pris qu'un quart ou un dixième que ce qu'un musicien me proposait. Mais même ce que je n'ai pas pris m'a aidé à préciser ce que je ne voulais pas, ce qui ne valorisait pas mon propos", précisait-il aux Inrockuptibles. "Au fil des travaux, les repères du départ deviennent plus flous et il se crée des jeux de regards entre toutes ces étapes de création. Il faut juste ne pas perdre le fil." Les collaborateurs, ceux qui sont rentrés dans l'univers du maestro et dont on retrouve le nom sur la pochette ou sur scène, parlent de quelqu'un qui "infuse les idées sans avoir à les dicter". Ils évoquent quelqu'un d'exigeant mais jamais autoritaire, d'un intuitif qui privilégie la créativité. "Il semble ne pas te diriger, mais j'ai l'impression de ne l'avoir jamais autant été", confiait au Monde Yann Péchin, guitariste de Miossec, embarqué sur la Tournée des Grands Espaces. Le pianiste-arrangeur Adriano Cominotto, lui aussi enrôlé sur la tournée, résume le mieux l'esprit du bonhomme: "Bashung travaille moins sur la musique que sur les sentiments qu'elle procure. (...) Il a un grand sens du détail, même si ses consignes ne sont pas toujours faciles à décoder. Pendant quinze jours, il nous a fait jouer pour capter les personnalités de chacun, puis a tout mis en place en douceur, mais avec exigence." Concernant les textes, cet amoureux des mots souvent comparé à Léo Ferré, a besoin d'un regard extérieur, d'une distance, pour écrire. C'est à dire d'un co-parolier, comme Boris Bergman hier ou Jean Fauque aujourd'hui, pour ciseler et mettre de l'ordre dans ses idées. "C'est de l'écriture à deux. Chacun de son côté écrit des choses et ensuite on les confronte. J'essaie d'avoir une idée globale de l'album." D'ailleurs, cela fait belle lurette ne Bashung ne fait plus de chansons mais des albums, c'est à dire des disques-concepts bien au-delà de simples recueils de morceaux. "Depuis l'album Novice on ne fait jamais une chanson entièrement", expliquait-il récemment à Madame Figaro. "On met en chantier une quinzaine de chansons et on les finit en même temps. On fabrique un petit village avec plusieurs maisons. On fait la cave, les fondations, etc... jusqu'au toît, pour chaque maison en même temps. Ainsi, on ne se retrouve pas avec une chanson qui n'a rien à voir avec l'humeur de l'autre." "J'essaie de retarder le plus possible le rendu final", dit-il encore à Libération. "Je contourne jusqu'à la fin, avec le plus de versions différentes. Ca prend du temps, avec de longs moments où je laisse reposer. Ce n'est pas une science exacte...c'est de l'intuition." Propos d'un amoureux des mots - "Il y a un rythme dans chaque phrase, donc une musique. Chaque syllabe y prend sa place. C'est un automatisme: quand je lis un texte, je ne lis pas, je le chante dans ma tête. C'est naturel, j'associe toute phrase à un tempo." (Libération, octobre 2002) - "C'est beau de fabriquer sur scène une émotion, de faire partager du sacré, du spirituel, du charnel. Le plur dur, c'est de trouver l'équilibre entre la complexité et le divertissement, de proposer un voyage, pas un récital. Il faut respecter les différentes lectures des textes, ne pas souligner en rouge une interprétation." (Le Monde, septembre 2003) - "Mon travail est de mélanger des mots avec des couleurs, des instruments, des tempos et ensuite, sur scène, le coeur de la chanson existe s'il est plus fort que la sophistication qu'il y a autour." (Le Figaro, octobre 2003) - "Le fruit de mon travail est extrêmement fragile, sujet à des tas d'impondérables. Mais il est vrai que lorsque je les maîtrise tous, j'ai l'impression de jongler avec quelque chose qui vibre...Je pars d'une fulgurance, que je confronte ensuite au concret. C'est l'idée que je me fais de la perfection, mais l'atteindre c'est épuisant!" (Le JDD, octobre 2002)
- "C'est sans doute dans une vie "normale" que je me sens le plus en insécurité." (Libération, octobre 2003) - "Je suis plutôt un instinctif. je m'aventure dans des trucs que je ne domine pas vraiment." (Le Monde, septembre 2003) - "Nous sommes là pour montrer aux gens que tous leurs rêves peuvent exister, pas pour leur dicter une façon de penser ou de ressentir." (Le Figaro, octobre 2003) - "Je ne me vois pas comme un chanteur solo mais comme un leader de groupe qui a besoin d'être entouré de certains individus pour concrétiser ses fantasmes." (Le Figaro, octobre 2003) - "'Le mot Imprudence a un autre sens que dans le passé. (...) le mot prend de l'ampleur quand on imagine les aventures et les portes qui s'ouvrent grâce à l'imprudence. D'un seul coup, il devient presque le mot de toute une vie. Je crois que sans imprudence, je ne pourrais pas vivre." (Madame Figaro, mai 2004) - "C'est difficile de garder l'enthousiasme en restant dans des schémas pop ou rock qui sont deux musiques qui s'auto-alimentent depuis des années et et où, la plupart du temps, les groupes te dégoûtent de la mule quatuor. Je préfère aller chercher des choses très éloignées du rock et les remettre dans le contexte pour avoir l'impression d'avancer un peu, d'expérimenter." (Les Inrockuptibles, automne 2002) (Laure
Narlian - cultureetloisirs.france2.fr - 09/06/2004) BASHUNG, LA CLASSE (Festival Artrock 2004 Saint Brieuc , 28.29 et 30 mai 2004)
L'arrivée de deux écrans plats au niveau des retours me fait perdre toute illusion. Je vais assister au concert sans relief d'un vieil artiste usé qui n'arrive même plus à se souvenir des paroles de ses chansons. Je pense tout à coup à un autre mythe français dont la décence m'interdit de citer le nom de famille mais dont chacune des prestations fait désormais un peu pitié. Oui, vous pensez bien au même que moi... La musique de fond s'arrête et toute l'équipe entre sur scène. Juste le temps de commencer le morceau et Alain Bashung apparaît, tout de cuir vêtu. Et dès la première chanson, mes préjugés volent en éclats. Ce n'est pas un vieux mythe ridicule que le public a devant les yeux mais un rockeur bien vivant, une présence, un charisme bien loin de tous les préjugés. "Tel", "La nuit je mens", c'est un départ en fanfare. Derrière lui, on trouve une équipe soudée : un violon, un violoncelle indispensables pour la plupart des nouvelles chansons, un guitar-hero chevelu sorti tout droit des années 80, un bassiste vigoureux au look camionneur (marcel kaki du plus bel effet) ainsi que les classiques guitare-clavier-batterie plus ordinaires. Que de la grosse pointure au service d'une orchestration impeccable. Des vidéos sont projetées sur des écrans géants derrière le groupe mais personne ne les regarde. Tout le public n'a d'yeux que pour le chanteur. Toutes les générations sont réunies : du jeune adolescent amateur de Kyo et de Star Ac' à la ménagère de moins de 50 ans qui tremble en ecoutant "Vertiges de l'amour" en direct. Les 5 000 personnes sont debout et se pâment. Hormis les quelques tubes universels, la plupart des chansons jouées ce soir proviennent des deux derniers albums et il est indéniable que le passage au live de Fantaisie Militaire et l'Imprudence montre l'exceptionelle qualité des deux opus. Les titres les plus sombres se transforment, les plus simples prennent de l'ampleur et les derniers chansons comme "Faites monter" deviennent des bombes soniques à faire rougir les plus bruyants groupes indés. Bashung continue son show. Il boit son verre d'eau, rampe à terre, invite sa femme Chloe Mons à chanter un duo et s'en va théatralement en mettant son chapeau et en quittant la scène dans une volute de fumée. Comme me le susurre mon voisin pendant "Angora", en regardant la foule ébahie, aux anges : "Il a la classe non ?". Nul ne pourrait dire le contraire.
(Fred
- Froggy's delight.com - 06/06/2004) BASHUNG TRAQUE L'ANGUILLE AU GYMNASE
La tournée des grands espaces, l’album d’un seigneur du rock en son «moment de vérité». Entre café filtre bouillant (déca!) et volutes de cigarette, Alain Bashung reçoit dans sa loge. Ce samedi 22 mai à Bulle, quelques heures avant un concert magnifique aux Francomanias (lire notre édition du 24 mai 2004), le crooner tanné cuir noir évoque sa tournée avec ce curieux mélange d’affabilité et de timidité. «Avant la scène, j’ai besoin de calme pour me souvenir de qui je suis réellement», glissera-t-il. En coulisses, il tombe les lunettes noires pour fixer ses santiags plus souvent qu’à son tour. A 57 ans, Alain Bashung reste cet artiste rare qui, en vingt-cinq ans d’activisme, a réconcilié le rock et la langue française. Prolixe, passionné, disponible et toujours désarmant. Seule l’irruption de «Doudou», manager au look de Dick Rivers compact, dont le surnom illustre toutes les fonctions, met fin à une rencontre généreuse. Extraits choisis autour de la scène et du disque à paraître. — En novembre à Paris, vous nous déclariez avoir préparé 70 morceaux pour pouvoir choisir. Cela fonctionne? — Oui, quand même. Il y en a qui disparaissent et qui réapparaissent selon les soirs. Question d’humeur; de formation aussi. Les formules sont différentes selon le lieu, les théâtres ou les festivals. — Vous préférez les petites salles intimistes ou vous produire dans des lieux plus imposants? — En fait, la diversité m’intéresse. Quand je joue plusieurs fois dans la même salle, comme à l’Olympia par exemple, j’ai l’impression de résoudre le même problème tous les soirs. Je préfère sans aucun doute être confronté à des problèmes différents. Sinon j’aurais l’impression de jouer une pièce au théâtre à telle heure. Je ne suis pas fait pour ça. Là, c’est une période de festivals et on ne joue jamais à la même heure, jamais dans les mêmes conditions... C’est bizarre mais cela ne me déplaît pas. — Voilà près de neuf ans que vous n’étiez pas reparti en tournée. Que vous apporte la scène? — Une sérénité. Parce que c’est un moment de vérité dans mon job. La tournée, c’est vraiment la base. C’est être confronté à votre force ou à votre sensibilité au premier degré. La réponse est immédiate. Cela peut être fatigant, tout en procurant le calme. Parce que c’est très clair. — Qu’est-ce que vous avez envie de communiquer au public? — Depuis le début, j’ai envie de donner la parole à ceux qui n’ont pas une grande gueule. J’en fais partie… Je peux dire des choses dans un éclat, très rapide, mais je n’ai pas l’éloquence pour l’ouvrir sans arrêt. Il y a les réservés, ceux qui savent la différence, les nuances du comportement et des personnalités. Voilà j’ai envie de donner la parole à ceux-là. On constate, depuis quelques décennies, la force de l’image, de l’apparence immédiate pour convaincre. Il y a des gens qui apprennent à parler, à se comporter, à s’habiller. On peut même suivre des cours pour vous présenter à un job. Le bluff s’apprend. Je connais pas mal de gens qui n’auront jamais le talent de se vendre soi-même. Je pense beaucoup à tous ceux qui seront toujours en retard. — Paraît ces jours La tournée des grands espaces. Pourquoi ponctuez-vous quasi systématiquement vos tournées d’un live? — Cela m’aide certainement à voir clair. On ne peut pas éviter le mot bilan de l’aspect musical, cela permet de voir ce qui s’est mélangé durant ces périodes. Comment cela s’est additionné. J’ai clairement, devant moi, ce à quoi j’ai réfléchi pendant quelques années. Il m’est difficile d’apprécier immédiatement une chanson en studio. Il y a aussi la réaction des gens qui est très importante. Il y a parfois une différence entre des chansons assez clairement démontrées et d’autres, qui restent au stade d’expérience, un essai de..., une esquisse. Je ne suis pas dans l’état d’esprit de me fabriquer chaque fois des étalons or. Cela ne colle pas avec ma notion de risque, il faut toujours qu’il y ait une inconnue. — Comment cela se traduit-il? — L’inconnu peut se transformer en une démarche originale, assumée et démontrée. Ainsi dans l’écriture, je prends le risque de ne pas être clair. Dans une chanson comme Elvire, lors de l’enregistrement, je me demandais avec le temps ce qui pourrait rester de la signification. Aujourd’hui elle est devenue plus claire. C’est une histoire de virtuel, de technologie. Et il y a des phrases là-dedans! «Nos aubaines traquent l’anguille au gymnase.» (N.d.l.r.: pensif.) Heureusement que j’ai écrit cette ligne. Je ne sais toujours pas ce qu’elle peut vouloir dire, mais, elle est très importante pour moi. «Nos aubaines traquent l’anguille au gymnase...» — Après le très épuré L’imprudence, savez-vous déjà à quoi ressemblera votre prochain album? — Non. Pas clairement. Je me dis toujours que je vais me lancer dans une aventure moins compliquée. En tout cas, je ne veux pas me répéter. Mais je sais que je ne suis pas à l’abri de… Bien sûr, que j’aimerais enregistrer un triple album en un week-end. Je vais peut-être le faire. Ce qui m’importe le plus, c’est de me dire que j’ai encore des souhaits fous. — Et des ambitions? — Pour moi, souhait et ambition, c’est un peu la même chose. Ni plus ni moins. Je travaille lors de rencontres. Du coup, je ne peux ni répéter les choses ni me rendre compte si c’est bien ou pas. C’est une illusion avec laquelle il faut négocier. (Xavier
Alonso - 24heures.ch - 04/06/2004)
L’église Saint-Maurice de Lille propose une mise en scène originale du Cantique des Cantiques. Ce poème biblique, qui est en même temps l'un des plus vieux poèmes d'amour, sera récité par Alain Bashung et Chloé Mons parmi les œuvres du peintre Ben Bella, séduit par le thème et l’ambiance, lui qui se définit comme « un homme de la Terre, un amoureux des êtres et [dont] la démarche principale est l’homme, l’amour entre les hommes ». Ce spectacle est le fruit d’une aventure qui commença en septembre 2001, lorsque Mgr Gérard Defois, évêque de Lille, confia l’animation spirituelle et culturelle de l’église Saint-Maurice à une communauté de jeunes adultes, étudiants, professionnels, de parcours divers. Cette communauté a reçu la mission de faire de l’église un lieu de prière et de célébrations, d’y vivre et de susciter l’esprit de solidarité, de promouvoir cet édifice comme un carrefour entre l’art et la foi. Saint-Maurice est un lieu cultuel et culturel. L’idée cette année de travailler autour du Cantique des Cantiques est née suite à l’écoute de l’œuvre d’Alain Bashung et de Chloé Mons interprétant ce passage de la Bible. L’équipe d’animation de l’église Saint-Maurice se sentait d’autant plus enthousiaste que l’Amour, don de Dieu, lien entre tous les hommes, est un thème universel, commun à tous ; croyants et non-croyants s’y rejoignent. L’événement de ce 19 juin est donc une étape, peut-être la plus ultime, de cette année 2004 autour du Cantique des Cantiques ; car depuis décembre 2003, chaque troisième samedi du mois, à la tombée de la nuit, l’église reste ouverte et invite chacun à se poser autour du texte biblique. (T.G.
- inXL6 - 03/06/2004)
Enfant, il voulait être pilote d’essai. Aujourd’hui, Alain Bashung rêve encore d’évasion. Après huit ans d’absence sur scène, le chanteur est en tournée et nous invite dans son voyage intérieur. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de ses doubles DVD et CD live. Confidences sans imprudence. S’il fallait résumer Bashung en une phrase, on citerait ce vers de Saint-John Perse : “ Étranger qui passait et me donnait des baies. ” Tout y est : la poésie, les métaphores, l’hermétisme, ses envies de voyage, son air de venir d’ailleurs et ses chansons qu’il nous offre depuis trente ans... Aujourd’hui, il reçoit dans une chambre d’hôtel avec vue : Palais-Royal d’un côté, Louvre de l’autre. Il pleut à verse. Comme d’habitude, Bashung est en noir : boots lézard, lunettes sombres et veste chinoise. Il s’enroule d’un halo de fumée et promène son élégance nonchalante. Cinquante-six ans, des tubes, des passages à vide, des ruptures et onze albums studio dont les deux derniers ( “Fantaisie militaire” et “l’imprudence”) en forme de chefs-d’œuvre. Il a de belles mains fines qu’il passe dans ses cheveux quand elles ne sont pas en quête d’une cigarette. Il parle comme à tâtons, laissant une phrase en suspens, prenant des chemins de traverse, faisant des méandres. Il faut le suivre avec ça en tête : “ J’ai toujours besoin de me déplacer un petit peu, pour trouver un terrain inconnu : une inconnue. ”
Alain Bashung. L. C. – Votre enfance n’a pas été spécialement gaie... – C’était un peu particulier. J’ai été élevé par des grands-parents adoptifs, les parents de mon père adoptif. Mais je ne le savais pas. On ne m’avait pas parlé d’un père qui n’était pas là. On me l’avait caché. Je l’ai appris plus tard, vers quatorze, quinze ans, et par quelqu’un d’extérieur à la famille. Ce que je vivais ne relevait pas des “ Misérables ”, pas du tout, mais je sentais un flou, le sentiment d’être gênant, de devoir quelque chose, d’être quelqu’un de passage. Je n’étais pas un des fils du village, voilà tout. Quand c’est comme ça, on prend ses distances, on n’essaie pas de s’imposer à tout prix. L. C. – Vous étiez bon élève ? – J’essayais. Tout ce qui avait à voir avec la connaissance m’intéressait. Je savais que ça pouvait m’apporter un jour la liberté et que je ne pouvais rien attendre d’autre que le fruit de mon travail. J’ai commencé des études commerciales parce qu’il fallait avoir un métier, quelque chose de rentable, qui rapporte un peu d’argent. Ça ne m’intéressait pas du tout : il y avait du calcul rapide, des colonnes de huit chiffres à additionner... Ça s’est arrêté un peu brutalement. On m’a embauché comme chanteur dans un petit groupe pour faire une saison à Royan. Quand je suis retourné à l’école, j’ai tenu une semaine. L. C. – Vous dites que c’est à partir de ce manque, celui du père, que la fiction a pris de l’importance pour vous ? – Certainement, cela a dû jouer. Je ne me suis pas fait psychanalyser, non. Mais quand j’ai commencé à faire des chansons, j’avais l’impression de m’auto-psychanalyser. L. C. – Pourquoi avez-vous besoin d’un collaborateur – en l’occurrence Jean Fauque – pour écrire vos chansons ? – C’est de l’écriture à deux. Chacun de son côté écrit des choses et ensuite on les confronte. J’essaie d’avoir une idée globale de l’album. Je ne dois pas avoir une grande confiance en ce que je raconte. En revanche, je suis un petit peu doué pour déceler des choses et les rendre un peu originales. Il ne s’agit pas de faire le chef-d’œuvre du siècle mais juste un truc qu’on ait envie de raconter à un moment donné. L. C. – “ L’Imprudence ”, votre dernier album, est dans la lignée d’un Léo Ferré... – Disons que j’avais besoin de retourner à une attitude poétique. J’ai beaucoup écouté “ Et basta ” [NDLR : cette chanson de Léo Ferré dure trois quarts d’heure]. Quand j’enregistrais, je voyais sur MTV des groupes qui chantaient leur petit machin de 3’10, formaté, avec un comportement rebelle. Par ailleurs, j’entendais ce bonhomme qui, il y a déjà quelques décennies, se lançait dans des chansons avec des cassures, des changements de rythme, des silences. Soudain il parle, après il gueule et ça repart... L. C. – Vous cherchez le disque rare ? – Je suis très curieux de nature. J’ai toujours été à l’affût du disque vendu à trois exemplaires en France. Par exemple “ Moondog ”, un vieux monsieur aux cheveux blancs, un aveugle. Il faisait une sorte de musique répétitive : de petites mélodies, des chansons – c’est pas des chansons, on ne sait pas ce que c’est – qui duraient parfois vingt secondes. Ses morceaux démarraient par une percussion, puis il ajoutait un instrument, puis un autre et ainsi de suite. Quand ça commençait à être rythmé, organique, et que ça tournait, comme on dit, il s’arrêtait. Il m’intéressait parce qu’il allait ailleurs. À une époque, j’écoutais pendant trois mois un seul style : du blues, du jazz, de la variété américaine, des musiques venues de pays étrangers – des pêcheurs de perles avec des voix dans les graves. C’est une sorte de recherche. Je voulais aussi être explorateur quand j’étais gamin. L. C. – Pour composer, depuis “ Fantaisie militaire ”, vous partez du texte... – Avant, je partais de la musique, d’un son, d’un tempo. Après, cela a été d’un mot. “ L’Imprudence ” a trotté pendant pas mal de temps dans ma tête. Je pensais à la recrudescence de la violence et de la répression et je me demandais : “ Quelle est notre marge d’imprudence aujourd’hui ? ” Le mot a un autre sens dans le passé. Prenons l’image d’une femme qui laisse tomber son mouchoir. Avec cette attitude imprudente on aborde le romantisme. Et puis, le mot prend de l’ampleur quand on imagine les aventures et les portes qui s’ouvrent grâce à l’imprudence – pas l’imprudence bête à 100 %, une certaine forme d’imprudence. D’un seul coup, il devient presque le mot de toute une vie. L. C. – De toute une vie ? – Oui, je crois que sans imprudence, je ne pourrais pas vivre. L. C. – Lisez-vous beaucoup de poésie ? – J’en ai lu beaucoup comme j’ai beaucoup lu de science-fiction. J’ai un peu arrêté parce qu’il y avait encore trop : le vent... le soleil... Rimbaud a posé les fondements de la poésie moderne. Après, les seuls qui se soient risqués à faire une sorte de poésie concassée, c’est pas dans l’écrit, c’est dans le rap. Je parle de la vivacité de l’écriture de certains rappeurs. De cet élan rapide et fort en même temps, avec des juxtapositions de phrases ou de mots assez inattendues, qui font sonner la langue française. Et la langue française ne sonne pas toujours très bien. Un opéra en français, pour moi, c’est inécoutable. L. C. – Racontez-nous l’élaboration d’une chanson ? – Depuis l’album “ Novice ”, on ne fait jamais une chanson entièrement. On met en chantier une quinzaine de chansons et on les finit en même temps. On fabrique un petit village avec plusieurs maisons. On fait la cave, les fondations, etc., jusqu’au toit, pour chaque maison en même temps. Ainsi, on ne se retrouve pas avec une chanson qui n’a rien à voir avec l’humeur de l’autre. Et c’est moins angoissant. J’ai toujours eu l’angoisse du 45 tours avec sa toute petite chanson forcément très efficace. L. C. – Vos chansons parlent souvent d’amour... - Tout le temps, presque toutes. Par des moyens différents. Est-ce qu’il y en a une qui ne parlerait pas d’amour ? Je n’en suis pas sûr. L. C. – Vous faites monter votre femme, la comédienne Chloé Mons, sur scène. Vous avez enregistré avec elle “ le Cantique des cantiques ” dans sa nouvelle version... Comment ça s’est passé ? – Ma femme voulait se marier à l’église. J’avais divorcé plusieurs fois. Et, même si je sens des espèces de fils invisibles entre les gens avec une force qui nous dépasse, j’aurais des choses à reprocher aux représentants de l’Église... Il fallait quelque chose à la hauteur de mes doutes. Nous sommes allés voir un curé dans le nord de la France, à qui on a expliqué : on souhaiterait un peu de sacré autour de notre union, qu’elle ne soit pas juste une signature en bas d’un papier. Il nous a suggéré de dire quelques mots, des poèmes peut-être, et pourquoi pas “ le Cantique des cantiques ”. Mais il nous a prévenus : “ Je ne peux pas vous bénir. ” C’était le deal. On a fait une petite maquette pour le curé et on lui a envoyé comme à un directeur artistique. L. C. – Vous êtes actuellement en tournée. Depuis huit ans vous vous êtes fait rare sur scène... – Je n’en ai pas fait pendant quelque temps parce que jouer juste les morceaux, c’est bien, c’est pas négligeable, mais j’avais envie de les montrer avec une sorte de cadre. J’ai rencontré Dominique Gonzalez-Foerster, qui vient des Arts plastiques, et qui a filmé les images qui défilent pendant le spectacle. Elle a compris que je ne voulais pas expliquer les choses, les souligner en rouge, mais suggérer autrement, inviter à un voyage intérieur. L. C. – Le plan de la scène est incliné... – Il y a plusieurs raisons. On peut projeter par terre en plus de l’écran. Ce qui donne l’impression d’être dans un décor. Par ailleurs, tout ce que je fabrique a l’air d’être dans un déséquilibre constant. Là, je suis obligé, ainsi que les musiciens, d’être déséquilibré. Je ne fais pas de jeu de scène à la James Brown ou à la Prince. Ce serait plutôt des attitudes, des gestes rapides avec beaucoup de retenue. L. C. – Votre femme fait partie du voyage (la tournée s’achève fin 2004). Et Poppée, votre fille de trois ans ? [NDLR : il a un fils Arthur de vingt et un ans] – Elle est dedans aussi. Elle nous suit dans le bus, en avion, selon l’endroit où on va. C’est un cadeau ! L. C. – Vous êtes à l’affiche du film “ le P’tit Curieux ”, de Jean Marbœuf. Quelle importance a le cinéma ? – De temps en temps, on m’appelle pour me proposer quelque chose. Je vois ce que je peux faire. Un copain a pensé à moi pour un bout de rôle. On ne se prend pas la tête plus que ça. Ça me fait une aventure. (Laetitia
Cénac - Madame Figaro - 28/05/2004)
La 8e édition des Francomanias boucle sur des notes d’excellence, via son bilan et le dernier concert, magique, avec Alain Bashung. De cuir noir vêtu. Enveloppé dans un long manteau de la même peau: tannés. «Tel Attila, tel Othello, tu te noircis. (…)». Sur scène, samedi soir à l’Hôtel de Ville de Bulle, pour clore la 8e édition des Francomanias, Alain Bashung dans le noir pour égrener tous ces substrats de lui. Ces inspirateurs, modèles ou fantasmes qui ont transformé Alain Baschung (avec un c) — hit-parade 1968 de Salut les copains avec Chère petite chose — en Alain Bashung (sans c), satané rocker de la variété française, qui chante là dans le dépouillement scénique, centré dans la lumière blanche, avec sa superbe de vieux loup, quelques vers en forme de confession. «Tu l’auras toujours ta belle gueule. Tu l’auras toujours ta superbe, à défaut d’éloquence. Tel Machiavel, Tel Abel Gance…» Où il est question de L’imprudence, son dernier album et l’attitude de pair: un concert emmené par le crooner décati et son orchestre rock’n’roll. Sciemment, orchestre et rock’n’roll. A l’image de Geoffrey Burton, (le flegmatique guitariste britannique habituel bras droit d’Arno), les sept musiciens switchent de genre à chaque étape, sans négliger la cohérence. Stridences électriques, désarticulations syntaxiques, sur fond de sonates et de classicisme: Tel ; Faites monter; Mes bras, La nuit je mens. Rockabilly énervé, textes caféïnococaïnomanes et dérision exotique frottée de country: Bombez!, What’s in a Bird et Osez Joséphine. Fidèles au goulot FM qui nous en abreuva: Vertige de l’amour, Ma petite entreprise; Madame Rêve. Une heure trente d’immersion «dans cet étang dans lequel se mire» Alain Bashung (in Tel): bien sur sa scène, à l’aise avec sa défroque anthracite et prêt à «laisser venir». Dense, sans temps morts, avec un sens aigu des contrastes qui, dans le dépouillement, va jusqu’au silence déchiré par le guttural de sa voix, magnifique, de crooner prédicateur pour un Aucun express qui coupa le souffle. «Délaissant les grands axes; j’ai pris la contre-allée. Je me suis emporté. Transporté» Ne restait qu’à revêtir le manteau noir, un chapeau noir et à glisser sa silhouette névrotique dans l’obscurité de l’arrière-scène caressée une dernière fois par les volutes de cigarettes. Noir, c’est noir, mais on a l’espoir de revoir Alain Bashung. Cet été à Paléo (le dimanche). Revenir comme il est parti, apparaître comme il est revenu samedi à Bulle, dans un fondu au noir. Cinématographique et d’un outré que seul une vieille peau permet. (Xavier
Alonso - 24h.ch - 24/05/2004) BASHUNG AU CIRQUE ROYAL : LA NUIT NE MENT PAS Le Français a affiné sa tournée et est revenu encore plus séduisant BRUXELLES Le 9 octobre de l'année passée, Alain Bashung créait l'événement en inaugurant une tournée au Cirque Royal que tout le monde attendait depuis 1994 et Chatterton. Sept mois plus tard, il revenait pour inaugurer les Nuits Botanique avec un set version festival encore plus enlevé. Comme si l' Imprudent avait dû se roder avant d'offrir des morceaux ciselés par une voix ensorceleuse et profonde qui ravissait son auditoire. Si le plan incliné qui devait peut-être donner de façon trompeuse un peu de profondeur à sa performance avait disparu, les deux écrans géants disposés sur le côté de la scène étaient toujours là et nous renvoyaient de nouveau les images du poète, du cynique dans des paysages désertiques mais où il remplissait tout l'espace. Comme vendredi soir où, après un passage énergique de Mud Flow, il ravissait Bruxelles et son Cirque bondé. Bien sûr, le rocker n'a toujours pas mangé de clown, et sa communication avec le public fut rare comme si sa timidité ne devait s'exprimer et se transcender que par ses chansons. Laisse venir l'imprudent: le ton était lancé dès les premiers décibels enchaînés avec un extatique faites monter l'arsenic et le public comprenait d'emblée ce qui l'attendait. Alain Bashung promettait, Alain Bashung tenait. Même si, roublard et affabulateur, avec La nuit je mens joué à l'harmonica, il voulait tempérer l'ardeur de ses fans. Opération manquée. Ses fans ne furent pas déçus par le rocker français se roulant même par terre comme un jeune premier. Un peu comme son Vertige de l'amour avec des images vidéo déclinant l'artiste à ses débuts. Mais il n'a pas pris un coup de vieux, juste acquis de la maturité par rapport aux débuts de sa tournée. Chloé Mons, alias Madame Bashung, qui quelques mois plus tôt avait lassé l'assistance avec le Cantique des cantiques, est revenue pour une brève mais très agréable présence scénique. Disparue la bulle qui la faisait descendre magistralement aux côtés de son homme. Plus de simplicité au service de l'efficacité. Juste Faisons envie, un duo qui ne mentait pas. Un petit rappel, juste pour que le Français nous malaxe et il tirait sa révérence à un public tombé sous le charme. (Basile
Vellut- La Dernière Heure - 10/05/2004)
Aux Nuits Botanique, à Bruxelles, un royal Bashung fera son Cirque sonore traversé de grands espaces et de chansons hérétiques, avec un talent égal à sa tendresse humaine. Rencontre à Paris Certains sont constructeurs.
Bashung serait plutôt un déconstructeur de sa propre œuvre,
sans cesse remise au travail sur des arrangements incandescents, échappés
de sa fertile imagination, et du brillant groupe de sept musiciens –
dont quatre Belges – dans une « Tournée des grands
espaces », marathon commencé à l'automne dernier
à Bruxelles et qui doit durer une année. Dans un dispositif scénique en pente, les sept musiciens encadrent Bashung – cuir, cheveux poivre et sel et lunettes noires gainsbourgiennes – à l'avant-plan. Parfois, il se retourne, tombe à terre, semble chasser des fantômes imaginaires, fait l'Iroquois pris dans un piège de cow-boys. Sur les côtés, des écrans racontent à coups de films paysagistes le cheminement imaginaire des chansons : la Chine, le Mexique ou Venise et puis, aussi, des images du couple que forme Alain avec sa nouvelle femme-égérie Chloé Mons. Celle-ci se matérialise dans la seconde partie du spectacle pour Le Cantique des cantiques, pièce cérémonieuse sous forme de déclaration d'amour d'un autre temps, sortie en CD à la même époque que L'Imprudence : « On voulait se marier, mais on ne pouvait pas le faire religieusement parce que j'ai divorcé plusieurs fois et que Cloé n'est pas baptisée… Le curé du village nous a dit qu'il ne pouvait pas nous bénir officiellement, mais qu'on pouvait dire un texte avec un peu de musique. Olivier Cadiot, venait de terminer la traduction du Cantique des cantiques pour une nouvelle édition de la Bible. Chloé et moi avons eu envie de dire ce poème d'amour de l'Ancien Testament. J'ai une histoire très importante avec une femme et je me suis dit : “Vivons-là jusqu'au bout, vivons cela ensemble.” On en a fait un disque, un peu par hasard et là, j'ai eu envie d'amener Chloé en tournée. » (Philippe
Cornet - Le Vif- 30/04/2004)
OVNIS AUX ARTEFACTS Chanson française à pleins poumons hier soir au hall Rhénus. Un public nombreux et bigarré - près de 4 000 personnes - est venu applaudir Alain Bashung et Benabar pour l'ouverture de la 9e édition du Festival des Artefacts. 19 h 15, décollage immédiat avec cinq zigs débridés sous le Locochapiteau. Lova Mi Amor survole un monde absurde sur fond de pop acoustique bâtarde. Un apéritif consistant avant le conflit de génération entre deux B charismatiques. Place à l'aîné pour commencer. Avec Alain Bashung, c'est comme d'la poésie. Pas consensuel pour un sou, une douce prose caressante pour un roman photo hypnotique. Le ton est solennel et Bashung symphonique sous des atours de blouson noir. « Faites monter l'adrénaline, faites monter le mercure », désir ardent et atmosphère brûlante. Le public crépite et les pépites sonores s'enchaînent. La salle frémit, le soldat Bashung défile sur les riffs rageurs d'un Vertige de l'amour très rock'n'roll. Sa femme Chloé Mons l'accompagne. Révérence. (Alexis
Fricker - Dernières Nouvelles d'Alsace - 23/04/2004)
Le chanteur-acteur Alain Bashung incarnera prochainement un inspecteur de police dans la comédie policière "Le p'tit curieux" (initialement titrée "Qui mange le coeur des hommes?"). Le septième art fait les yeux doux à Alain Bashung. Le chanteur français, dont la dernière apparition sur grand écran remonte à l'année dernière dans La Bande du drugstore, tiendra la vedette d'une comédie policière intitulée "Le p'tit curieux" et dont le tournage débutera à la fin du mois en Indre-et-Loire sous la direction de Jean Marboeuf. Produit par Jean-François Geneix en collaboration avec Les Films du Chantier, "Le p'tit curieux " s'intéressera aux péripéties d'un garçon de dix ans dont les réflexions sur le bonheur le poussent à espionner les adultes de sa petite ville de province. Jean-Claude Dreyfus, Andréa Ferréol ainsi que la Miss France Sonia Rolland et l'animateur télé Christian Morin complètent la distribution. "Jean m'a dit : tu te laisses pousser la barbe, tu ne te laves pas les cheveux, tu mets un imperméable froissé, tu regardes Jouvet dans Quai des Orfèvres et on fait le film. Ca m'allait ! " (Allociné.fr
- 11/03/2004) Retrouvez l'interview de BASHUNG lors de son passage à France bleue Pays d'Auvergne, en allant cliquer par ici. Un grand merci à François Audigier pour le tuyau.
Ne pensez-vous
pas avoir, dans Imprudence, poussé le bouchon de la déprime
un peu loin ? Comment
avez-vous élargi votre cadre ? Cela correspond
à la pochette sombre de l’album. N’avez-vous
pas craint de décontenancer le public qui avait aimé Fantasie
militaire ? Que signifie
le titre L’Imprudence ? Jean-Louis
Murat dit que vous êtes le seul chanteur français avec
lequel il se sent en concurrence. Comment
s’est passée la collaboration avec Arto Lindsay ?
(Stéphane
Koechlin - Figaroscope.fr - 26/11/2003) A presque 56 ans (il les aura le 1er décembre), le rocker alsacien occupe une place bien à lui sur l'échiquier de la chanson française, celle d'un franc tireur qui refuse de se laisser réduire à un cliché et de se laisser circonvenir par les habitudes. Au début des années 90, comme il en assez "de faire le gitan", il cesse ainsi les tournées, pour se concentrer sur l'enregistrement, signant au passage "Fantaisie militaire" (1998), "L'imprudence" (2002), et, toujours la même année "Cantique des cantiques" avec son épouse, la chanteuse et comédienne Chloé de Mons. Ces derniers enregistrements offrent l'essentiel du premier tiers de son nouveau tour de chant, un spectacle placé sous le signe de la rigueur visuelle. En noir de la tête au pied, silhouette affinée, il occupe le devant d'une scène qui s'élève en pente douce vers le coulisses. Les 7 musiciens qui l'épaulent sont répartis de chaque côté, selon un schéma pyramidal, avec le batteur comme point convergent. Cheveu grisonnant mais allure impeccable d'idole rock (un style qui rappelle quelques modèles du genre, comme Alan Vega du duo pop bruitiste new-yorkais Suicide, ou Gene Vincent, le "mauvais garçon" emporté par les ulcères occasionnés par une vie d'excès), Alain Bashung puise dans un vaste répertoire où il donne une deuxième vie à ses chansons. "Faites monter", "Je me dore", "La nuit je mens" : le début du spectacle est dominé par des arrangements où s'imposent violon et violoncelle, proche des climats des Britanniques Tindersticks. Le tempo s'accélère progressivement et le groupe - servi par une sonorisation d'une très grande qualité - se laisse aller aux dérèglements du rock, une occasion pour le guitariste Yann Péchin et le contrebassiste anglais Brad Scott, emprunté à Arthur H, de prendre toute leur mesure. Pendant que les images de la vidéaste Dominique Gonzales-Foerster défilent sur les écrans tendus de part et d'autre de la scène, invitant à un voyage entre le Nouveau Mexique, Venise et la Chine, Bashung explore d'autres sentiers musicaux : blues (occasion pour lui de se saisir de l'harmonica), country, rock abrasif de "Samuel Hall", offert par Rodolphe Burger de Kat Onoma. Chloé de Mons le rejoint pour deux chansons, dont un extrait du "Cantique des cantiques". Suivront ensuite "Madame rêve", "Ma petite entreprise", "Malaxe", ballade onirique qui permet à Bashung d'atterrir en douceur avant de coiffer un feutre, d'enfiler une cape, d'allumer une nouvelle cigarette. Et de repartir, face à des applaudissements nourris, tout à la fois gentleman britannique et fantôme issu d'un film de Murnau, sans se retourner. Après Paris, Bashung enchaîne avec une vingtaine de concerts jusqu'à la fin janvier : le 29 novembre à Mâcon, le 15 décembre à Nancy, le 16 à Bourg-en-Bresse... Un concert supplémentaire à Paris est prévu au Zénith pour le 30 janvier. (AFP
- 25/11/2003)
Après huit ans d'absence, le rocker reprend la route. Avec "L'Imprudence" et sans oreillette. « Si je porte des lunettes noires sur scène, ça n'est pas pour jouer au vieux rocker. C'est que je ne veux pas être distrait par tout ce qui se passe autour de moi. Sans ces lunettes, j'ai l'impression d'être tout nu au beau milieu d'une épicerie, avec des miroirs au plafond. » Dans une loge du Cirque royal de Bruxelles, le 9 octobre dernier, Alain Bashung extermine un énième paquet de Gauloises blondes, arrosées de décaféiné. Dans quelques heures, il grimpera sur scène pour donner le premier concert de sa nouvelle tournée, la première depuis huit ans. Huit années riches en écritures et succès discographiques - dont les superbes albums Fantaisie militaire et L'Imprudence -, mais huit années sans le moindre concert. Avant ce grand retour aux planches, l'ambiance est détendue, mais concentrée. Au cours de la balance de l'après-midi, rituels essais de son et de lumière, Alain a définitivement abandonné les oreillettes « dernier cri » qu'on lui avait confectionnées sur mesure, comme à chacun de ses musiciens : « Je suis né au forceps, depuis j'ai un tympan plus petit que l'autre. Avec ces machins-là, j'entends la musique comme si elle sortait d'un dictaphone... Je préfère entendre la musique "à l'ancienne", l'acoustique naturelle de la scène. » Sur un plateau construit en plan incliné, comme la perspective d'une autoroute, les musiciens sont alignés le long de deux vastes écrans. Bashung demande que soit rectifié un toucher d'orgue, fait recommencer une intro. « Avec lui, on n'a jamais l'impression d'être dirigé autoritairement, s'émerveille Yann Péchin, l'un des deux guitaristes. Pourtant, il sait ce qu'il veut, il a une mémoire et une intuition extraordinaires. La virtuosité, les prouesses techniques ne l'intéressent pas, il privilégie la créativité, la fraîcheur, une certaine naïveté. » Comme ses six camarades qui constituent le nouvel orchestre « bashungien», Yann a été recruté après casting. On l'a convoqué un jour, avec mission de jouer Tel, le premier morceau du dernier album, mais à sa façon, « pas comme sur le disque ». Choisi parmi une quarantaine de guitaristes - et non des moindres, dit-on -, notre gratteux émerveillé s'est retrouvé engagé pour un mois de répétitions, dans une ferme des environs de Clermont-Ferrand, en pleine canicule aoûtienne : « J'ai toujours rêvé de jouer avec Bashung. Je fais de la musique pour progresser, et avec lui je sais que je vais apprendre beaucoup. » Le jour où Yann a annoncé la nouvelle à son employeur précédent, un certain Christophe Miossec, ce dernier, loin de se mettre en colère, a débouché une bouteille pour fêter ça. « Bashung a décapité la chanson française en piquant les meilleurs musiciens du moment », rigole Laurent Castanié, producteur du spectacle pour la société Garance et déjà responsable du retour scénique de Christophe, il y a deux ans. C'est vrai que le générique est impressionnant. Outre le guitariste de Miossec, le groupe se compose du batteur de Kat Onoma (Arnaud Dieterlen), du bassiste d'Arthur H (Brad Scott), du clavier et du guitariste d'Arno (Ad Cominotto et Geoffrey Burton) et des cordes de Yann Tiersen (Nicolas Stevens et Jean-François Assy). Tout ce beau monde a répété la bagatelle de soixante-dix chansons en quatre semaines (« presque autant que les Stones... » dit Laurent) et en interprétera une bonne trentaine sur scène, au long des deux heures et demie de concert. Crin argenté et cuir noir. Silhouette hiératique en clair-obscur, oscillant entre l'Elvis de 1968 et le Gainsbourg de toujours. Le retour de l'Alain ne manque pas d'allant. Depuis la tournée Chatterton, en 1995, il a vécu un divorce, un remariage, un bébé, des problèmes de santé, quelques films et, surtout, deux albums. Deux disques, donc, Fantaisie militaire et L'Imprudence, qui constituent l'essentiel du menu de la nouvelle tournée. Dont la dernière date devrait se jouer quelque part en Europe, début 2005... Une longue année sur la route, que le grand voyageur envisage avec une sérénité retrouvée : « J'ai longtemps hésité à m'exposer physiquement ; aujourd'hui je sais que je peux me lancer, j'ai le moral, la santé et les munitions pour ça. » Et les munitions en question font mouche. Mélange de rock symphonique et de cantate bruitiste, le récital de Bashung réussit aussi la gageure de régénérer quelques vieilles chansons, puisées au hasard des albums Play blessures, Novice et Osez Joséphine. Incunables (Bijou bijou, Martine boude, What's in a bird, Bombez) et incontournables (Gaby, Vertige de l'amour, Madame rêve, Ma petite entreprise) côtoient avec une aisance déroutante de plus récentes et ésotériques créations comme 2043 ou un extrait du Cantique des Cantiques, toutes deux prétextes à l'intrusion scénique de Mme Bashung en personne : « Je vous présente Chloé, ma femme », annonce sobrement l'époux, laconique. Une présence conjugale qui se poursuit jusque sur les écrans latéraux où sont projetés de petits films en noir et blanc tressautant, façon cinéma muet, entre Méliès et Murnau. On y voit un Bashung vampiresque, en houppelande et galurin couleur muraille, en équilibre précaire au sommet d'un rocher, arpentant un désert lunaire ou luttant contre le vent aux côtés de sa blonde moitié. Paysages rocheux, lagons vénitiens, cieux crépusculaires. Ce décorum filmé est l'oeuvre de la plasticienne Dominique Gonzales-Foerster, déjà coresponsable des images du spectacle de Christophe et habituée des expos, notamment à la Biennale de Lyon. « Avec Alain, nous sommes partis sur l'idée d'une Venise de science-fiction, raconte-t-elle. Il ne s'agit pas de clips mais d'une suite de séquences interchangeables, dans des paysages filmés entre l'Italie, le Nouveau-Mexique, Monument Valley. Nous voulions une complémentarité entre la scène et l'écran, un peu comme ces musiciens qui accompagnent des films muets, sauf que là, c'est le contraire : ce sont les images qui accompagnent la musique... » A la fin du concert, sitôt les dernières chansons (Angora, Bijou bijou) interprétées seul, à la guitare acoustique, Bashung renfile manteau de cuir et chapeau sombre pour se fondre dans la nuit des coulisses. Entre Zorro funambule et icône équilibriste. L'imprudence est aussi mère de qualité. (Philippe
Barbot - Télérama n° 2810 - 21/11/2003)
C'était juste avant ce «Chatterton» encore plus adhésif que le sparadrap du capitaine Haddock. Meilleurs souvenirs d'un beau ténébreux, genre Gainsbourg jeune et à jeûn, le seul à oser (Joséphine) une véritable poésie rock. Bashung sur scène, c'était Cochran, le Velvet et Ferré réunis. Alain Bashung occupa le siècle suivant à faire fructifier sa petite entreprise avec parcimonie. Pas par pingrerie ou panne d'idées, ni pour accroître le plaisir en augmentant le désir (vieille technique), mais parce que ce perfectionniste ne livre que du travail d'orfèvre. Et quel travail
! Depuis au moins dix ans, Bashung n'a fait que grimper inexorablement
vers des sommets à chaque fois plus escarpés, plus épurés.
Aujourd'hui, l'artiste bascule carrément de l'autre côté
de la chanson. « Continents à la dérive, qui m'aime
me suive. Gouffres avides tendez moi la main... » Sa dernière
«Imprudence» est une expérience inédite qui
tient de la plongée en apnée dans un souterrain électro-rock
symphonique, à peine éclairé de textes (sublimes)
récités d'une voix monocorde. Déconseillé
aux sujets au vertige, même de l'amour. (Marc
DAZY - Le Progrès - 23/10/2003)
Absent des scènes hexagonales depuis trop longtemps, Alain Bashung faisait halte, jeudi soir à Strasbourg, à la Laiterie. Une bande son aux tonalités « new age » accueille le public dans le ventre de la salle. Quinquagénaires ou nouveaux convertis, le public de l'Alsacien « adopté » - il a passé son enfance à Wingersheim - brasse plusieurs générations. Le rideau renvoie aux images tournées par Dominique Gonzales-Forster et projetées sur deux écrans latéraux cernant les musiciens. Le voilage s'écarte un peu et laisse apparaître un Bashung portant manteau de cuir, chapeau et lunettes noirs. « Tu l'auras toujours ta belle gueule/ Tu l'auras ta superbe/ A défaut d'éloquence... » Tel, chanson d'ouverture du dernier album, sert de mise en bouche à ce concert strasbourgeois - le premier depuis sept ans. Morsure de l'électricité Un « bonsoir » poli en guise de bienvenue et le voyage peut commencer. Plus de deux heures de concert, une trentaine de titres familiers, et le survol d'une carrière menée tant bien que mal de hits certifiés en albums exigeants. Entre succès grand public et reconnaissance des marges, l'auteur de Rebel a mis à jour une route idéale et passionnante dédaignant toute évidence et tout repos. « Délaissant les grands axes/ j'ai pris la contre-allée », chante-t-il d'une voix magnifique et cendreuse. Le balancement entre anciens et nouveaux titres se fait progressivement. Une dizaine de morceaux (Faites monter, Sommes-nous, L'irréel, Fantaisie militaire...) débouchent sur un Etrange été, porté par le crépitement des guitares. Le tempo s'accélère avec la « trilogie » Légère éclaircie, Bombez et What's in a bird. Les titres de Roman-photos et Passé le Rio Grande manquent à l'appel. Samuel Hall et son beat hypnotique de batterie, incursion en terre country Osez Joséphine, Les grands voyageurs, pépite pop avec Vertige de l'amour. Violon et violoncelle s'accordent à magnifier Madame rêve. La musique semble soumise aux humeurs de l'homme. Le groupe restitue toutes les subtilités des deux derniers albums studios et rend palpable les morsures de l'électricité. Le son est puissant mais clair, et les éclairages conçus par Alain Poisson - collaborateur de Jérôme Savary - suggèrent l'atmosphère des chansons. Mariant le spirituel et le charnel, Bashung convie son épouse Chloé Mons sur deux morceaux (2043, Faisons envie) et une lecture (Le Cantique des cantique), desservis par le timbre de madame. Les éclats de Bijou, Bijou brillent encore lorsque Bashung enfile son manteau, incline la tête et s'en retourne backstage, laissant les musiciens terminer et le public déjà commenter. Rien d'autre qu'un nouvel avatar du bon vieux rock'n'roll. (Dernières
Nouvelles d'Alsace - 18/10/2003)
Voir Bashung et mourir. Pourquoi pas ? Mais attendons tout de même quelques siècles. Qu'il puisse revenir. D'entre les morts. Vampire satanique ou rocker lyrique ? Telle est la question du soir. Voir ce dandy grave et inquiétant monter sur scène c'est un avènement. Une symbiose physique troublante avec Gainsbourg, la noirceur roots de Johnny Cash et l'électricité d'un punk futuriste. Monsieur Bashung, votre prestation vendredi pour votre premier concert d'une longue tournée, était à la limite du supportable tellement vous étiez beau, tellement vous étiez grand. Dernier vrai dinosaure de la chanson française dans ce qu'elle a de plus noble, Bashung se traîne lascif sur une scène lugubre à souhait. Démon de nos propres croyances, non seulement vous avez plongé un public dans les vertiges de votre propre amour mais vous avez tiré une caravane qui semblait légère comme le vent qui vous porte. Clown d'opérette ou rocker a billy d'enfer, jamais personne n'a idée de ce que cache votre long manteau noir. Il n'y a plus grand chose de lumineux chez cet être qui semble s'effacer dans l'obscurité… Enchaînant les titres d'une manière usé et désincarné pour jaillir en geyser urbain votre petite entreprise ne connaîtra jamais la crise. Nous avons tous happés votre présence, votre insolence (qui d'autres que vous pourrez, par exemple, porter ces vêtements de scène sans faire sourire ? Personne !) Bashung montre et joue de ses blessures. J'avais l'imprudence de penser vous connaître mais vous êtes un vrai bijou qui ressemble à un petit enfant dans un corps qui bombe son torse d'apiculteur. Psalmodiant ses anciens titres dans une orchestration frémissante, se trouvant sur scène comme au bord du gouffre, plus proche du « Cantique des cantiques » que du roublard qui égrainait ses titres sur « Confessions Publiques ». Alain accompagné d'une formation magistrale repousse les limites scéniques d'un beau parleur vanné. Vous qui chantez les vertiges de l'amour savait au combien Madame rêve et Monsieur avec. (Le
Mague - 13/10/2003)
L'histoire retiendra que c'est le 9 octobre 2003, à 21 h 04, que Bashung est redescendu sur scène. Choisissant, au passage, de commencer sa première grande tournée du XXIe siècle par la Belgique, où 2 200 personnes, assises et debout, ont concélébré l'événement au Cirque royal de Bruxelles. La première image évoque un croisement entre Gainsbourg et Jackson, manteau de cuir, chapeau, pantalon, bottes, tee-shirt et lunettes semblablement noirs. «Tu perds ton temps à mariner dans ses yeux/Tu perds ton sang...» Tel, chanson ouvrant le dernier album de Bashung, l'Imprudence, hasardé à l'automne 2002, sert aussi de laissez-passer à deux heures vingt de spectacle, souvent mirifique, qui scelle une soif d'action vérifiable dans la prestance. Presque souple après des années d'empâtement, Bashung bouge, arpente son territoire, joint le geste (bras, doigts) à la parole. Mais s'exprime à peine entre les chansons. Une présentation des musiciens, aux deux tiers du trajet. Un salut humble et magnifique, «Merci, faites de beaux rêves», au moment du baisser de rideau, voilage qui renvoie l'image fanée d'un public au balcon d'un théâtre ancien. Humeur très rock Trente titres (sur soixante-dix répétés) ont permis de survoler presque autant d'années de carrière. Souvent, le show fonctionne par séquences : période Novice plombée (Etrange été, Légère éclaircie, Bombez), éclaircie country (Osez Joséphine, les Grands Voyageurs), harmonie du couple, un peu limite (Chloé, la blonde épouse, figurante cucul sur 2 043, co-interprète de Faisons envie et du Cantique des cantiques), incunables (Scènes de manager, Martine boude), etc. Globalement, l'humeur est très rock, tendue sur des attaques franches qui couvrent l'étendue du répertoire (Mes prisons, Fantaisie militaire, What's in a Bird...) dans lequel s'immisce un spleen tangible qu'étayent les images de Dominique Gonzales-Foerster. Travelling portuaire, paysages arides... Une dérive existentielle prévaut sur la faible déclivité de la pyramide centrale, comme sur les deux écrans latéraux installés suivant les lignes de fuite de la perspective. Funambule métaphorique moquant les lois de la gravité, Bashung acteur évolue au sommet d'une mesa ou d'un bâtiment décrépit. En complément défilent des projections fixes de couples enlacés ou de ciel embrasé, qui, avec un rayon vert «Alien» ou des bichromies wilsoniennes (gris-violet au début), finissent d'instaurer une insolite concordance des temps, entre passé décomposé et futur antérieur. Tutoyant l'intime et toisant les limbes, la tournée qui débute se nomme «Les grands espaces» : le titre n'est pas innocent et tout porte à croire qu'elle devrait bien se porter. Retour sur une gestation sereine. La smala La nuit commence à tomber sur Clermont-Ferrand, et Poppée, poupée blonde accompagnée d'une baby-sitter et de sa peluche Pikachu, vient faire un câlin à son papa. Sauf que Papa n'a pas fini sa journée de travail. Deux heures avant, il est monté sur scène pour le filage de son nouveau spectacle, le premier «depuis huit ou neuf ans» lui-même ne sait plus trop. Du coup, la fillette reste dans les bras de sa maman, qui fait partie de la quinzaine de personnes disséminées dans la Coopérative de mai, salle fonctionnelle où la smala a élu domicile pour une semaine, au crépuscule de septembre. Objectif, peaufiner ce que beaucoup considèrent comme l'événement musical de l'année : la reformation scénique d'Alain Bashung, artiste décisif qui nous colle à l'épiderme depuis maintenant un quart de siècle. Le processus a été enclenché en pleine torpeur estivale. Dans le confortable moulin commué en havre créatif d'un village du Puy-de-Dôme, le chanteur a fait connaissance avec ses nouveaux musiciens, casting majoritairement belge de sept fines gâchettes sélectionnées au terme de longues auditions. Yan Péchin, Adriano Cominotto, Geoffrey Burton, Arnaud Dieterlen, Jean-François Assy, Nicolas Stevens et Brad Scott mettent ainsi à profit le mois d'août pour accorder leurs violons, guitares et autres instruments appelés à sertir un univers que certains d'entre eux connaissent peu, voire pas. Un «honneur» C'est par exemple le cas de Brad Scott, contrebassiste d'importation connu du public hexagonal pour avoir longtemps été le partenaire déconnant d'Arthur H. Mais l'Anglais se sait ici embauché pour «dérouler le tapis rouge : Bashung est un monument et je perçois le fait de jouer pour lui avant tout comme un honneur. Je me suis plongé récemment dans son oeuvre et j'ai découvert un mélange unique de rock et de poésie, d'une richesse incroyable, insaisissable aussi, parfois». Des traits stylistiques que Brad Scott l'épicurien découvre également chez le personnage, à tâtons : «C'est quelqu'un d'à la fois très simple et mystérieux, qui impose le respect sans que cela passe nécessairement par des directives. En même temps, il est très à l'écoute et on sent aussitôt si quelque chose ne va pas.» Aux prémices d'une saga qui pourrait s'étirer jusqu'en 2005, c'est une insidieuse tranquillité qui prévaut, bien que Bashung avoue dans un premier temps avoir «la tête un peu farcie». Trois semaines après la mise au vert estivale, toute la troupe est revenue dans le Massif central, à Clermont cette fois. L'ordonnancement des journées semble quasi immuable : les musiciens arrivent à l'heure du déjeuner et, après avoir mangé, commencent à jouer ensemble. Bashung les rejoint en milieu d'après-midi et on arrête au moment du souper, pour remettre une couche parfois après et échanger des avis le groupe qui se sent «trop éclairé» sur scène... Calme et dépendance Chacun regagne l'hôtel autour de minuit, dans une ville avare de dérivatifs, coordonnée à la pondération que réclame Bashung : femme et enfant, eau minérale et soda light. Une impression de calme que n'infléchissent pas des cigarettes fumées à la chaîne et un thermos de café à portée de main. Quand un membre de l'équipe fait hurler le juke-box à la fin du dîner, plutôt que de devoir hausser le ton pour demander qu'on baisse le volume, le chanteur préfère opérer un repli stratégique dans les loges, où il pourra dialoguer plus tranquillement en poursuivant son rituel dépendant : cigarette, café, cigarette... Outil de travail moderne, égaré dans un no man's land ingrat, la Coopérative de mai est un lieu qui a la cote. L'an dernier, Christophe y avait fignolé de jour comme de nuit (de nuit, surtout) son émouvant retour sous les projecteurs. Afin de traduire ses idées obliques, le dandy apache avait rassemblé ce même corps d'élite qui, pour partie, veille aujourd'hui aux destinées de Bashung : en coulisses, la société Garance, promoteur du spectacle. Côté habillage visuel, on a également demandé à la fertile Dominique Gonzales-Foerster de rempiler. «Infusion des idées» Comme Brad Scott, la vidéaste parle spontanément d'«honneur» quand on demande ce que lui inspire cette nouvelle incursion dans la légende musicale francophone. Avec, au passage, un peu moins de stress que pour Christophe, où il fallait composer avec des délais plus serrés et juguler le «million d'idées combinant musique, danse, mime et vidéo» d'un artiste qui aurait bien aimé «prendre lui-même la caméra». Bashung, lui, «possède une sensibilité identique aux images, mais qu'il traduit différemment, cherchant quelque chose de plus homogène, infusant les idées sans avoir à les dicter». En amont, Dominique Gonzales-Foerster a beaucoup parlé avec le chanteur, «de cinéma muet, de noir et blanc, de grain et de texture». Elle a aussi visionné les films dans lesquels il a tourné, conservant pour le spectacle un extrait de l'obscur Ma soeur chinoise (1994), d'Alain Mazars, «dont il garde un souvenir fort du tournage». La vidéaste à l'allure juvénile est également partie filmer le désert du Nouveau-Mexique, afin de «coller d'une manière climatique à la musique, avec des sortes d'arrière-plans ouverts». L'ambition était de chercher un «nouveau rapport aux images, qui s'appuie certes sur les textes tout en disposant d'une certaine liberté». A quelques jours du lancement officiel de la tournée, celle qui se dit «fatiguée des musées» commence à sentir l'«espèce d'ivresse» de la dernière ligne droite, nourrie d'une forme de «rencontre et d'émotion» qu'elle ne retrouve pas (plus ?) dans les vernissages. Odyssée sensorielle Trois semaines avant l'ouverture au public, on comprend que le retour scénique de Bashung n'a rien d'une tocade, mais relève bien d'une odyssée sensorielle aux contours ambitieux. A commencer par ceux du dispositif scénique, sur lequel on a géométriquement placé l'effectif : trois musiciens en escalier, de chaque côté, le batteur au fond et, au centre, dans une pénombre hiératique, Bashung. En coulisses aussi, il est ce personnage singularisé par un mélange d'aménité et d'éloignement autour duquel tout s'articule. Les réflexions de Bashung transitent par un lexique conventionnel pour exprimer des idées qui, elles, le sont moins. Parfois et sans qu'on soupçonne le moindre subterfuge , les mots employés ne répondent pas explicitement à la question posée, mais fournissent les éléments épars d'un puzzle mental qui, une fois rassemblés, composent une des personnalités les plus magnétiques du paysage sonore contemporain. Sa relation au temps ? «Je ne sais pas si j'ai du mal à comprendre cette notion, ou si je m'en fous complètement. Mais j'ai surtout tendance à prendre appui sur les événements qui ponctuent la vie.» La raison de son retour ? «J'ai passé ces dernières années à essayer de m'installer et je devais sans doute ressentir le besoin de faire à nouveau le gitan, de changer d'hôtel... C'est sans doute dans une vie "normale" que je me sens le plus en insécurité.» Ce qu'il escompte ? «Raconter des choses fluidement. Trouver des liens, des atmosphères qui relient les chansons, afin d'éviter les montagnes russes et de ne pas agresser d'une manière dénuée de sens. Tout en sachant qu'il est délicat d'illustrer un sentiment.» «Trac nécessaire» Si l'on excepte quelques apparitions à droite à gauche, au côté de Rodolphe Burger notamment, la dernière fois qu'il est monté sur scène renvoie au milieu des années 90, une fin de tournée «en petit comité, peut-être vers Calais». Aujourd'hui, Bashung s'emploie à «transformer le trac nécessaire en énergie». Sa petite entreprise prend des allures de raffinerie, d'où lui-même se demande quelle matière il parviendra à extraire. «C'est formidable de découvrir que je suis un peu attendu, mais je n'y pense pas trop. A vrai dire, je trouve aussi instructif, à travers ces concerts, de savoir qui je suis devenu. Je me redécouvre et, ça, ça m'intéresse assez.». (Libération
- 11/10/2003) BASHUNG SE JOUE DE L'IMPRUDENCE
Critique Voilà encore un de nos amis français qui commence sa tournée à Bruxelles, et pas n'importe quel ami: Alain Bashung fait partie de ceux que l'on attend avec impatience, car un artiste toujours sur le fil est toujours passionnant. On s'impatiente d'autant plus que la tournée précédente, «Chatterton», remonte à 1994. Il y a un an, avec «L'imprudence», il avait réalisé l'un de ses albums les plus fascinants, les plus poétiques, les plus sombres. Toute la question est évidemment de savoir comme cette pièce maîtresse atterrira, ou plutôt décollera de la scène. Imprudent peut-être, mais pas totalement cinglé, Bashung a soigné le travail: La mise en scène est réalisée par Vincent Boussard et les éclairages sont d'Alain Poisson, deux hommes de théâtre, tandis que les images projetées sur les deux grands écrans latéraux et fuyants, aussi que sur le plancher incliné en forme de trapèze, sont de la vidéaste Dominique Gonzalez-Foerster. Des musicos de chez nous Disposée de cette manière, la scène est belle, dégagée, avec les sept musiciens répartis de chaque côté du trapèze, musiciens qui, comme le claviériste Ad Cominotto, viennent de chez Arno, Miossec, etc., ainsi que du classique. Trois cordes sont en effet dispersées parmi la panoplie rock'n roll, violon, contrebasse et violoncelle, avec une volonté d'intégration qui fait totalement ses preuves. En effet, s'il aime jouer en force, Alain Bashung n'en néglige pas pour autant les atmosphères. Ce sont les couleurs de «L'imprudence», chanson ouvrant le concert, qui dominent, avec ses rythmes appuyés et obsédants, ses guitares grinçantes et cisaillantes à la Marc Ribot ou à la Robert Fripp. La synthèse entre complexité et efficacité sonore est totalement réalisée. Bashung est là pour défendre cet album en lequel il a bien raison de croire, et il y va: «Faites monter», «Le dimanche à Tchernobyl», «Tel», «Faisons envie», les mots déferlent et se matérialisent, fleuve assonant comme parfois sorti d'une séance d'écriture automatique chère aux Surréalistes. Bien dans sa voix Lunette et costume noirs, le chanteur est bien dans sa voix, qui porte loin, nouvelle preuve de la qualité du son. Sur son trapèze incliné, il titube, se cabre, tire une ou deux bouffées de cigarette, prend son pied... de micro, s'y arrime et tangue avec lui: «Vertige de l'amour» ? Bien sûr, si «L'imprudent» est le nombril de son monde ce soir, Bashung n'en néglige pas pour autant certains passages obligés: «La nuit je mens», «Osez Joséphine», «What's in a Bird», «J'passe pour une caravane» ou «Les grands voyageurs» s'intègrent parfaitement à l'univers imprudent. A l'occasion, de grinçantes, les guitares se font parfois graisseuses, mais c'est pour «Gaby oh Gaby», et le chanteur de dégainer son harmonica, ou pour «Bijou, Bijou», et le guitariste d'enfiler son bottleneck sur le doigt. Encordée de près, «Madame rêve» en apesanteur, et l'on passera assez vite sur la prestation de Chloé Mons, alias Madame Bashung, dont la diction traînante du «Cantique des cantiques» casse un temps l'ambiance. Cela ne fait rien, c'est un petit couple bien sympathique, et lorsque le concert s'arrête, après 2h 15 min., l'on est saoul de mots et de sons. Théâtral, Bashung réenfile son manteau noir, se visse un chapeau sur la tête et s'en va. Vous ne le voyez pas revenir aux Francofolies l'an prochain, vous? (La
Libre Belgique - 10/10/2003) BASHUNG,
UN CONCERT "TRES SPECTACULAIRE, TRES INTIME"
En 1994, l'intelligence
et les splendeurs de la tournée Chatterton avaient sidéré.
Et puis Alain Bashung n'est presque plus sorti du studio. Fantaisie
Militaire, en 1997, puis L'Imprudence, en 2002 (nos éditions
du 21octobre 2002), ont passionné critique et public. Evidemment,
on lui posait régulièrement la question de la scène.
A part quelques apparitions en guest star çà et là,
ou le superbe Cantique des cantiques (texte d'Olivier Cadiot, musique
de Rodolphe Burger) créé à son mariage avec son
épouse Chloé Mons, il repoussait le retour à la
scène. Un an après la sortie de son album, sa nouvelle
tournée commence enfin demain à Bruxelles, avec des dates
annoncées jusqu'au printemps 2004, ce qui constitue presque une
promesse quant aux festivals rock de l'été prochain. Le
spectacle est mis en scène par Vincent Boussard et éclairé
par Alain Poisson – deux hommes de théâtre –,
et la vidéaste Dominique Gonzales-Foerster a réalisé
des images qui seront projetées sur trois écrans et le
plancher incliné de la cage de scène. Avec sept musiciens
que l'on a connus derrière Arno, Arthur H, Miossec ou Rodolphe
Burger, ou venus du classique, il a répété une
soixantaine de chansons et le Cantique des cantiques – on attend
évidemment de savoir ce que deviendront sur scène le possible
hymne Faites monter ou le très abstrait et très arythmique
Tel. Lorsque nous l'avons rencontré, l'autre semaine, il ne savait
pas encore très bien.
Vous considérez-vous
comme un artiste rock ? Vous n'êtes
donc plus seulement un compositeur-interprète ? Un Bashung
producteur ?
Vous allez donc vers la variété au sens premier... (Le
Figaro - 09/10/2003) BASHUNG EN SCENE, MODE DE CONTRE-EMPLOI
Après neuf ans de disette scénique, le rocker atypique revient surprendre son monde avec Fantaisie militaire et L’imprudence. Jamais où on l’attend, l’aventure est programmée: «On est là pour s’enthousiasmer!» Alain Bashung reprend la route. Sa dernière tournée — Confessions publiques — date de 1995. Il y jouait beaucoup de titres d’Osez Joséphine (1991) et Chatterton (1994), ses albums les plus pop. Mais pas seulement ces perles radiophoniques qui avaient remis le crooner rebelle, connu pour ses hits dans les années huitante (Gaby; Bijou, bijou; Vertige de l’amour), dans une lumière grand public. De marginal talentueux, Alain Bashung devenait valeur sûre. Pourtant, sur scène, ses poses de Gene Vincent, cuir noir et lunettes au diapason, ne manquaient pas de déstabiliser un auditoire venu entonner Ma petite entreprise, Pyromanes, Volutes ou Madame rêve. Tandis que le chanteur ouvrageait ses prestations publiques comme autant d’aventures, de possibilités de décalage, de potentialités musicales, déstructurant ses chansons, étirant les difficiles Lavabo ou What’s in a Bird de l’époque Gainsbourg. Bashung et la scène: avant tout un long malentendu. Le retour scénique du rocker de 56 ans, après ses deux travaux discographiques les plus ardus — Fantaisie militaire (1998) et L’imprudence (2002) — méritait bien une mise au point. Interview dans une suite luxueuse à deux pas du Louvre. —
Vous avez dit que la scène n’était pas une obligation.
Alors pourquoi y revenir ? —
Justement, quel type de formation vous accompagnera sur scène
? —
Comment avez-vous articulé le répertoire. A quelle couleur
musicale doit-on s’attendre ? —
Comment choisir les morceaux plus anciens? Gaby, notamment, ou d’autres
titres qui ont parfois pesé sur votre répertoire ? —
Vous allez changer de concert chaque soir ? —
Justement, ce côté aventureux a parfois, par le passé,
décontenancé le public ? (24
heures.Ch - 08/10/2003) Absent des
scènes depuis huit ans, le chanteur a reçu "Le Monde"
dans le moulin auvergnat où il préparait une tournée
qui commence en octobre. Tout de noir vêtu - depuis les lunettes jusqu'aux Santiags en python -, Alain Bashung fait un peu l'effet d'un rat des villes perdu au milieu des champs. Largué, plus précisément, à Tourzel-Ronzières, village de 182 âmes, accroché aux contreforts des massifs du Sancy et du Cézallier, au cœur du Puy-de-Dôme. A trente minutes de Clermont-Ferrand, le chanteur et ses sept nouveaux musiciens - Yan Péchin (guitare), Adriano Cominotto (clavier), Geoffrey Burton (guitare), Arnaud Dieterlen (batterie), Jean-François Assy (violoncelle), Nicolas Stevens (violon), Brad Scott (contrebasse) - se sont isolés tout le mois d'août dans un ancien moulin de pierres blondes, pour répéter une tournée qui, débutant le 8 octobre à Bruxelles, pourrait les mener jusqu'à 2005. Le choix radical de ce "loft" bucolique correspondait à un double enjeu : le très attendu retour sur scène de celui qui n'y a plus remis les pieds depuis la tournée de l'album Chatterton, en 1995, et l'adaptation live des chansons de L'Imprudence, dernier album en date (2002), un des plus denses et audacieux de l'Alsacien. "Tourner pour promouvoir un disque et ramasser des sous ne me suffisait pas, justifie Bashung face à cette longue absence. Cette fois, j'ai deux albums de chansons scéniquement inexplorées." Les blessures l'ont aussi éloigné des planches. "A l'époque de Fantaisie militaire -paru en 1998-, je venais de divorcer, je ne voulais pas m'exposer physiquement." Les périodes de déglingue font partie du passé. Venu en famille, le chanteur arrose désormais de Coca Light les petits plats concoctés pour l'équipe. "CALMER
LE CHAOS" "Les plus fortes chaleurs ont correspondu aux plus intenses moments de réflexion, se souvient le chanteur. Nous décortiquions chaque morceau. Il y avait un côté soldats en guerre dans ce labeur, mais cela a créé des liens qui ont favorisé le travail d'équipe." Objectif : gravir une montagne de près de 70 chansons. "Nous avons répété celles de L'Imprudence, afin qu'elles déteignent sur les plus anciennes. Parmi ces dernières, certaines comme Etrange été ou Madame rêve ont des ambiances proches du dernier album, ce côté Kurt Weill, ces cordes baroques mêlées d'accidents. D'autres, très différentes, comme J'passe pour une caravane et ses accents country, viendront calmer le chaos." Amortisseurs phoniques, des tentures et tapis courent le long des poutres de la vaste salle de répétition, étrange compromis entre tente berbère, maison de campagne et studio d'enregistrement. Sur une large estrade, les musiciens jouent en boucle l'instrumentation irradiante de Dimanche à Tchernobyl. Le batteur juge l'interprétation "un peu dure, un peu raide", appelle à trouver "plus de finesse". Bashung leur fait bientôt face, perché sur un tabouret, ses textes dressés sur un pupitre. A sa droite, une table de bistrot où sont posés des harmonicas, la tasse de café et les deux paquets de Gauloises rouges dont il semble ne jamais se séparer. Avec un mélange caractéristique de nonchalance et d'anxiété, le crooner passe superbement du récitatif, si présent dans L'Imprudence, au chant d'une distinction "nicotinée" pour Osez Joséphine. Le maître écoute d'abord les remarques de ses instrumentistes, puis questionne, suggère, synthétise, trace sa voie sans donner l'impression d'autoritarisme. "Je ne leur impose rien, explique-t-il. Si leur idée est meilleure que la mienne, je m'y plie ; mais si ça ne va pas dans le sens de ce que je raconte, je peux me bloquer. Je suis plutôt un instinctif. Je m'aventure dans des trucs que je ne domine pas vraiment." Après un mois de travail, le groupe œuvre avec une subtilité capable de tension comme de recueillement, équilibrant silence, sons boisés, sinueux ou électriques. Le chanteur a réussi l'alchimie de son casting. "Tous ont de la technique, une large culture musicale et assez de feeling pour éviter toute froideur. J'aime les musiciens qui détruisent avec style. A moi d'équilibrer entre la rigueur des cordes et le jeu plus cassé de quelqu'un comme Geoffrey. Ces contrastes sont le reflet de textes qui peuvent posséder une dose de sentimentalisme, brisée par une image contraire ou par le doute." Sur la table d'une pièce adjacente repose ce qui ressemble à de gros escargots sortis de leur coquille : ce sont les moulages des oreilles de chaque musicien, destinés à faire confectionner, aux Etats-Unis, des oreillettes haute technologie. Bashung doute que cela puisse lui convenir : "Une de mes oreilles a été abîmée par les forceps à ma naissance." En même temps que les répétitions se déploie la machinerie de la production. Déjà responsable du spectaculaire retour en scène de Christophe, Laurent Castagnié, membre de Garance, un des principaux producteurs de concerts en France, veille au grain. La scénographie de cette tournée devra sortir de l'ordinaire. "FABRIQUER
UNE ÉMOTION" "C'est beau de fabriquer sur scène une émotion, s'enthousiasme doucement Bashung, de faire partager du sacré, du spirituel, du charnel. Le plus dur, c'est de trouver l'équilibre entre la complexité et le divertissement, de proposer un voyage, pas un récital. Je me méfie de l'image et du figuratif. Il faut respecter les différentes lectures des textes, ne pas souligner en rouge une interprétation." Les musiciens se dispersent, casque sur les oreilles, pour écouter les quatre CD contenant leurs enregistrements de plus de soixante morceaux. En cette fin août, il est temps de prendre du recul, de repérer les détails qui clochent et les bonnes surprises pour dresser une liste idéale d'une trentaine de titres - une version hispanisante de Gaby Oh Gaby ? Les impressionnantes relectures de Malaxe ou de Volutes ? Un Noir de monde mal-aimé finalement repêché ? Après avoir quitté son moulin, la petite entreprise finalisera, pendant deux semaines, à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand, la mise en place du spectacle. Avant le grand saut.
(...) A l'occasion de la rentrée, Larousse a choisi d'incarner la Semeuse qui symbolise sa marque depuis plus d'un siècle : le temps d'une campagne d'affichage publicitaire, elle a pris les traits d'Emmanuelle Béart, qui n'a pas encore rejoint son père dans le dictionnaire. Entrent cette année dans ce panthéon : Alfredo Arias, Daniel Auteuil, Alain Bashung, Alfredo Bryce-Echenique, Patrick Chamoiseau, Julien Clerc, Raphaël Confiant, les frères Dardenne, Annie Girardot, Keith Jarrett, Hamid Karzai, Imre Kertész, Lula, Pierre Nora, Jean-Pierre Raffarin, Merryl Streep, Manuel Vazquez Montalban, etc. Un personnage imaginaire fait aussi son apparition : Harry Potter, qui figure désormais dans le Larousse avant sa créatrice, J.K. Rowling. (Le
Monde - 01/09/2003)
Dans un
vieux moulin En octobre
à la Laiterie (Dernières
Nouvelles d'Alsace - 31/08/2003) Le chanteur Alain Bashung a dénoncé samedi à Tourzel-Ronzières (Puy-de-Dôme) le caractère « trop systématique » des tournées musicales après chaque sortie d'album, expliquant son absence de la scène depuis près de dix ans. Le chanteur se produira les 24, 25, 26 et 27 novembre au Bataclan. Sa dernière prestation dans la capitale remonte à 1994. (Paris-Normandie) BASHUNG DENONCE DES TOURNEES TROP SYSTEMATIQUES POUR EXPLIQUER SON ABSENCE Le chanteur Alain Bashung a dénoncé samedi à Tourzel-Ronzières (Puy-de-Dôme) le caractère »trop systématique» des tournées musicales après chaque sortie d'album, expliquant son absence de la scène depuis près de dix ans. "Je ne voulais plus tourner ente chaque album. C'est trop systématique», a déclaré le chanteur devant des journalistes, soulignant "qu'il n'était pas fatigué" et que "la scène n'était pas une obligation". Depuis début août, Alain Bashung, 55 ans, s'est installé avec son équipe dans un ancien moulin de la petite commune de Tourzel-Ronzières, »un endroit calme» où il a répété jusqu'à présent 70 chansons dont celles de ses deux derniers albums, »l'Imprudence» et »Fantaisie militaire». »Nous avons besoin de 30 chansons pour démarrer un spectacle (...) avec 70 chansons, ça nous laisse pas mal de réserve», a expliqué le chanteur, qui commencera le 8 octobre sa prochaine tournée, avec une étape le 22 octobre à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand. »Là, je vais jouer deux albums que je n'ai jamais encore présentés sur scène. C'est neuf pour moi, c'est intéressant», a-t-il ajouté. Bashung se produira les 24, 25, 26 et 27 novembre au Bataclan, près de dix ans après sa dernière prestation dans la capitale en 1994. (Tageblatt
- 28/08/2003) |